Le mensonge dans les réseaux sociaux

J’évoque souvent dans les conférences : enfants, ados, parents et réseaux sociaux, le changement de posture des élèves aujourd’hui vis-à-vis des personnes présentes sur le net ! Je prends l’exemple de mes filles qui une fois leur dossier terminé l’envoie à l’artiste ou l’auteur qu’elles viennent de traiter. Là, c’est Caroline, une lycéenne de 16 ans qui au travers de ce blog m’a laissé un message !

Je travaille sur un dossier traitant le mensonge dans la société contemporaine. Les réseaux sociaux sont des moyens de communication très répandus et maintenant banals. J’ai cependant beaucoup de mal à m’orienter sur tous ses flux d’information et surtout où peut se trouver le mensonge. J’ai donc décidé de vous contacter pour m’éclairer sur quelques questions.

Ma première remarque avant de vous livrer mes réponses est simple : est ce que la génération Z n’a pas les bonnes questions ! Il n’est pas facile de répondre au mensonge dans les réseaux sociaux, sans tomber dans un lieu commun… Je compte sur vous pour éclairer cette question par vos commentaires 🙂

Des travaux universitaires sur le sujet existent, mais je pense qu’ils sont inadaptés pour Caroline ou les personnes de sa génération…

Voici ma tentative de réponse :

Les réseaux sociaux favorisent-ils le mensonge ?

Posée ainsi la question est un peu piège. À une analyse superficielle, on pourrait dire que les réseaux sociaux favorisent le mensonge mais tout dépend avant tout de l’usage que l’on veut faire de ces réseaux sociaux, de qui nous parlons… C’est l’un des paradoxes des médias sociaux : il est facile de « tricher » et les experts sont unanimes pour conseiller la transparence, le parlé vrai !

Il est difficile et dangereux pour une structure ; entreprise, association, personnalité politique, artistique… de mentir dans ces réseaux sociaux ! Le public réagirait rapidement. Par contre, au niveau de l’homme de la rue, notamment au niveau des jeunes, la ou les tentations de mentir sur les réseaux sont plus importantes… un peu comme dans la vraie vie où l’on trouve également le lot des affabulateurs !

Le côté « caché derrière son ordinateur » favorise certainement le mensonge ! Cela revient aussi à se poser les questions : qui est-on ? qu’elle image voulons-nous donner de nous ? comment les autres perçoivent notre image ? Comment pensons nous que les autres perçoivent notre image…

Est-il facile de mentir sur les réseaux sociaux ?

La réponse évidente, instantanée serait : oui ! En effet, il n’existe que peu de contraintes qui empêche de mentir dans les réseaux sociaux ! Mais, à la réflexion, mentir n’est peut-être pas aussi simple que cela ! Pour que le mensonge soit « valide », il est nécessaire qu’il soit « validé » par les pairs (nos amis dans Facebook par exemple !). Je ne parle pas ici des « faux profils » où une personne révèle une « seconde vie », ni de ceux qui se font passer pour quelqu’un d’autre… mais d’une personne qui possède un profil « standard » qu’il utilise au quotidien. Ceux que cette personne écrit et donne comme information est lue, confirmé ou infirmé par ses amis !

Difficile en général de faire croire à ses amis proches que l’on a été à tel ou tel endroit sans preuve. Si le mensonge peut paraître plausible, il reste toujours le recoupement d’informations qui aide l’internaute à séparer le bon grain de l’ivraie ! C’est un apprentissage que l’on devrait donner aux jeunes. En cela, le mensonge dans les réseaux sociaux rejoint la recherche d’informations sur le net avec la vérification des sources…

On peut aussi se poser la question : y a-il de bons ou de mauvais mensonges sur les réseaux sociaux ? En effet, la plupart des moins de 13 ans mentent avec ou sans l’aval de leurs parents lors de l’inscription à Facebook ! Je n’apporterai pas de réponses sur cette question ! Le débat reste ouvert !

Le mensonge le plus facile de tous est certainement le mensonge par omission, dont on ne parle presque jamais dans les médias sociaux ! Mais, la bienfaisance que nous avons envers lui ne correspond t-elle pas à une partie de son e-réputation ?

Quels sont les mensonges les plus courants sur les réseaux sociaux ?

La liste pourrait être longue ! Il y a déjà celui sur l’âge évoqué dans la réponse précédente. Mais, l’âge peut aussi être un moyen de « drague » ou pour paraître « plus grand ». En répondant à votre question, je m’aperçois que les mensonges les plus courants sont également fonction de l’âge, de son statut… Est ce qu’organiser un concours afin d’obtenir un maximum de fans dans une page Facebook n’est pas une forme de mensonge ? On fait croire ainsi que le nombre de fans de la page est important alors que l’intérêt de ces fans pour la marque n’apportera pas grand-chose ! Idem, pour Twitter ou Pinterest… Ce n’est pas au nombre d’abonnés, de fans… que l’on peut savoir si le compte est intéressant, si le dialogue s’établit…

Pour les adultes, je suis souvent surpris par les titres ronflants qu’ils s’attribuent. J’avais écrit un billet voici quelques années sur la représentation massive de ce que j’avais appelé la catégorie CSP cadre supérieur +++ dans Viadéo ! On retrouve le même phénomène dans les autres réseaux sociaux ! Qui aujourd’hui n’est pas spécialiste ou expert dans un domaine au vu des profils !

Quelles peuvent être les conséquences de ces mensonges ?

La question à se poser avant tout est de savoir si on peut mettre une échelle sur la notion de mensonge. Existe t-il un petit mensonge sans conséquence et un mensonge avec des conséquences ! Ma première réaction serait de dire : parler vrai ! C’est ainsi que l’on aura les meilleurs taux de fans avec qui les échanges de qualités sont possibles.

Mais, même en disant cela, si je suis honnête, moi-même je pratique le mensonge par omission 😉 Lorsque j’évoque le parlé vrai, il n’est pas question non plus de tout dire ! Le terme de transparence que l’on évoque parfois est d’ailleurs piège ! On n’a jamais demandé à tout le monde de tout dire !

Pour en revenir à votre question, les conséquences peuvent être nombreuses et sont très variables depuis la perte d’amis (je distingue les amis des amis virtuels, autrement dit les amis dans Facebook) jusqu’à des problèmes juridiques éventuels en passant par l’aspect e-réputation (plus particulièrement personal branding) pour une personne à la recherche d’un emploi ! Difficile pour un lycéen ou pour un collégien de prendre conscience de l’importance des « petits mensonges » qu’ils mettent en ligne mais qui pourront pour certains d’entre eux être préjudiciable pour leur avenir professionnel !

Je ne connais pas d’exemple, mais je suis certain que l’on peut déjà trouver des personnes qui avant d’accepter un stagiaire jette un coup d’oeil sur le profil de la personne ! Et si, le mensonge « passe » au niveau de la communauté des fans de l’élève, il n’est pas dit que le recul de l’expérience et de l’âge ne fournisse l’expérience nécessaire au décideur de mettre en doute la véracité de l’information ! Pire, s’il a menti par exemple sur l’âge, pourquoi ne mentirait-il pas ailleurs ! Le profil dans les réseaux sociaux est un tout cohérent !

Comment se rendre compte que ce que l’on nous dit sur les réseaux est vrai ou faux ?

Je viens de mentionner l’expérience et l’âge (attention, cela peut-être à double tranchant certaines personnes âgées se font berner plus facilement que des jeunes).

Mais, je crois qu’il faut également « apprendre à lire » un profil, un message, apprendre à décrypter une information, savoir remonter à la source de l’information, etc. ! Et puis, comme nous sommes dans les réseaux sociaux, il faut profiter de l’avantage du côté social de ces réseaux…. Ne pas hésiter à poser des questions, voir les réactions des autres… et se poser à chaque information qui apparaît la question : vrai ou faux, possible ou impossible, la preuve est là ou pas ?

D’autres techniques existent… elles ne permettent pas de se rendre compte de tous les mensonges mais permettent d’échapper à certains. Je pense aux questions comme montrer un certain nombre de doigts dans un chat par vidéo pour être certain que c’est bien la bonne personne qui est en face de nous, des « approches » en contact qui sont relativement similaires vues l’insistance à parler d’un sujet (plus ou moins régulièrement dans Facebook je me fais « harceler » par de soi disantes femmes qui chercheraient l’amour de leur vie !).

Une technique du Minitel fonctionne toujours pour détecter les robots qui répondent (c’est aussi une forme de mensonge) : donner une réponse qui n’a rien à voir avec la question ! Si l’interlocuteur ne réagit pas, il y a de fortes chances pour que ce soit un robot qui envoie des messages.
Dernier conseil, ne pas hésiter à en parler à vos amis dans la vraie vie, savoir ce qu’ils en pensent !

Et vous, vous auriez répondu quoi à ces questions ?

2 comments for “Le mensonge dans les réseaux sociaux

  1. REMY
    25 janvier 2013 at 9 h 08 min

    Bonjour

    J’aurais envie de tourner la question autrement: ment-on plus sur les réseaux sociaux que dans la « vraie » vie?
    N’est-ce pas simplement une question d’échelle puisqu’on touche potentiellement plus de monde sur Facebook qu’au bistrot du coin. Mais finalement, ne travesti-t-on pas tout autant dans la vie réelle?

  2. Arthur N. Lee
    31 janvier 2013 at 19 h 25 min

    Il faut être conscient que tout ce qui est publié sur internet est gravé dans le marbre. Partez du principe que tout ce que vous éditez sur le net sous votre nom et prénom, ce qui est le cas pour les réseaux sociaux, est du domaine public ( même si vous êtes seul derrière votre écran et que personne n’est là pour vous voir! ). C’est comme si vous faisiez de l’affichage public avec vos coordonnées personnelles en bas de l’affiche.

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