Faut-il choisir l'Open source ?

Jean Goffinet de Clever Age sur le journal du Net pose la question (mais se la pose-t-il réellement) : Faut-il passer au libre ?. Comme j’avais commis un billet Et si le libre et l’open source étaient des leurres ? , je dois réagir à cet article qui est très intéressant et avec lequel je suis en phase même si quelques points me dérangent un peu dans l’analyse que je qualifierais de typique d’un informaticien, pas d’un utilisateur final.
Je précise que selon moi, il ne faut pas craindre les logiciels libres mais savoir où l’on met les pieds. Personnellement je n’utilise pas que des logiciels libres, mais quelques-uns… et que je suis loin d’avoir un point de vue idéologique sur le libre, pas libre, tout comme, bien qu’utilisateur de Macintosh, j’ai toujours été amusé par les bagarres Mac-PC.

Mais revenons au texte de M. Goffinet : «Tout le monde aujourd’hui « sait » que les logiciels libres sont moins chers, plus fiables et plus flexibles que leurs équivalents propriétaires et qu’ils redonnent une indépendance aux équipes informatiques.» Eh bien, là je ne partage pas votre avis… Moins cher, oui, plus fiable et plus flexible, pas si sur, mais surtout ce qui me fait réagir, c’est l’indépendance aux équipes informatiques… Je ne crois pas que ce soit à ces équipes d’êtres indépendantes mais aux utilisateurs. C’est une manière de renforcer leur « pouvoir ». Rares sont les entreprises où le service informatique n’est pas critiqué par son opacité, sa main mise sur ce qui parfois est l’outil de travail principal d’autres salariés : ordinateur et réseaux, par ses choix qui arrangent les informaticiens mais pas l’utilisateur… Et effectivement, je confirme, l’un des problème du libre est que c’est une affaire d’informaticien entre eux.
«L’Open Source, c’est « in », et tant pis pour ceux qui n’ont pas pris le train, ils le paieront tôt ou tard.» Arrêtons de culpabiliser les utilisateurs… J’ai entendu tellement de chose avant que n’éclate la bulle internet par exemple que je garde un fond de méfiance… C’est pour moi une phrase idéologique qui n’a rien à faire dans un tel article. C’est un peu comme dire : « mangez des surgelés, et arrêter de faire la cuisine ! ». Je ne vois pas le rapport et je ne vois pas pourquoi ceux qui n’ont pas pris le train du In (l’Open source) paieront d’avantage que ce qu’il débourse actuellement, par contre, ceux qui auront choisi l’Open Source, eux devront peut-être payer, les services comme vous le dites de plus en plus cher, et même les licences… Contrairement à ce que vous affirmez, rien n’empêcherait une solution Open source de basculer vers une solution entièrement payante : plus de mise à jour de sa part (seule la communauté ferait évoluer le produit dans un sens, l’entreprise dans le un autre), récupération du noyau…
D’ailleurs, lorsque vous écrivez :«Les seuls points communs entre toutes ces licences sont : la mise à disposition gratuite du produit…», Si je prends le cas du Mac, il me semble qu’une partie était libre, mais je payais mon ordinateur le même pris. Donc, je ne pense pas que tous les produits Open sources sont gratuits, loin de là… Il ne faudrait pas faire l’amalgame freeware et Open source.

« …cela ne veut pas dire que les logiciels libres sont plus pérennes que les logiciels propriétaires, loin de là : on ne compte pas non plus les innombrables projets libres qui sont laissés à l’abandon. Il y a toujours une grosse part d’incertitude quant à la pérennité d’une solution sur deux, trois, cinq ou dix ans. Mais il est plus facile d’évaluer le risque avec un produit libre qu’avec un produit éditeur». Par contre, je ne suis pas convaincu par votre explication sur l’évaluation du risque avec un logiciel libre… et puis fort justement, vous venez de nous dire que les premières années, ce n’est pas gagné… Je dois en déduire qu’il faut employer des solutions libres qui existent depuis plusieurs années, qui dominent déjà le marché ? cela me rappelle furieusement les techniques marketing des sociétés commerciales du monde des éditeurs.

Par contre, je suis 100% en accord, avec votre phrase qui dit de plutôt choisir pour chaque besoin la solution la plus appropriée, qu’elle soit libre ou propriétaire. C’est la solution la plus judicieuse actuellement.

Le logiciel libre n’est pas en effet un phénomène en marge du reste du monde, non, juste un phénomène qu’il faut continuer de surveiller pour voir comment il évolue… J’en profite d’ailleurs pour signaler que Sylvain Carle fait un inventaire des logiciels libres existants pour la création, l’édition et la publication de multimédia sur internet.

Mise à jour le 8-9 : voici la réponse de Jean Goffinet reçu en mail privé et mes remarques en retour (publié avec son accord).

Merci pour votre commentaire sur le billet « Faut-il passer au libre ? ».
Je me permettrai juste de réagir sur les quelques remarques que vous faites à propos de certaines phrases que vous avez notées et avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Si vous relisez mon texte, vous verrez que mon introduction (« Tout le monde aujourd’hui « sait » que les logiciels libres sont moins chers, plus fiables et plus flexibles que leurs équivalents propriétaires et qu’ils redonnent une indépendance aux équipes informatiques », « L’Open Source, c’est « in », et tant pis pour ceux qui n’ont pas pris le train, ils le paieront tôt ou tard ») est justement une critique des idées reçues que l’on entend un peu partout comme quoi il faut à tout prix passer au libre. Il s’agit bien entendu de second degré, je regrette qu’il n’ait pas été perçu tel quel (c’est que ce n’était sans doute pas assez clair).
Sur le fond, je suis d’accord avec le fait qu’il faut s’intéresser en priorité aux utilisateurs – mais il se trouve qu’aujourd’hui 95% des utilisateurs de logiciels libres sont des informaticiens ! Firefox ou OpenOffice ne sont que la partie émergée d’un iceberg ; aujourd’hui, la question de partir ou pas sur des logiciels libre se pose surtout au sein des directions informatiques (serveurs d’application, bases de données, EAI, etc.). Et pour ces directions, la question de l’indépendance est primordiale.

Ma réponse à son courrier :
Merci pour cette réponse franche…

En effet, j’ai surtout réagi car je suis souvent en position intermédiaire entre des services informatiques et des utilisateurs ou des prescripteurs. Où « pire » avec les étudiants de masters qui sont complètement déconnecté de la réalité du terrain… Alors, quand les étudiants lisent un article sur un support tel que le journal du net, ce qui est écrit est vrai, c’est écrit dans le journal est j’ai toutes les peines du monde pour leur expliquer justement que c’est un point de vue « d’informaticien » (cela n’a rien de péjoratif pour moi en réalité), etc.

Par contre, je rejoins votre analyse finale sur l’intérêt des directions informatiques de se poser la question… mais « seulement » les directions informatiques… Elles doivent jouer un rôle de préconisation. C’est selon en grande partie leur travail. Le seul danger que je vois est une réaction « anti-microsft » à outrance (je suis sur Mac, je peux donc en parler plus facilement) ou comme vous le dites à un moment éviter les points de vue idéologique dans le cadre de leurs fonctions.

Comme quoi nous sommes d’accord 😉

Publié par

eric delcroix

Eric Delcroix est spécialisé en conseil, contenu, communication digitale, formation, internet, réseaux et médias sociaux, picture marketing, Facebook, Pinterest, Linkedin, Twitter et désormais sur la génération Z

0 réflexion au sujet de « Faut-il choisir l'Open source ? »

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