Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un livre qui n’a rien à voir avec l’informatique, Internet… même pas un rapport avec le Nord. Bien que ?
Ce livre, que je n’ai pas encore lu concerne Les conjurés du Bundschuh. Je ne connaissais évidement même pas l’existence de ce mot Bundschuh, terme pourtant repris par un collectif d’agitateur littéraire (Wu Min Foundation) dans un texte Nous les multitudes, sorte de manifeste écrit lors des manifestations antimondialisation à Genes en 2001. Évidemment, si vous êtes Allemand ou Alsacien, cela évoque peut-être quelque chose pour vous… Mais pour moi, rien…
Bref, voici ce que déclare l’éditeur sur le livre : Le Soulier Lacé – La terre qui saigne – Les conjurés du Bundschuh, Alsace, 1493.
La fin du XVème siècle, au moment où le monde bascule vers une modernité fièvreuse et que l’argent partout s’empare des passions et des destins, une poignée d’hommes se dresse contre le sort qui leur est fait. Ils sont paysans et ils voient fort et loin.
Ce sont les conjurés du Bundschuh. Ils sont d’un tout petit pays d’Alsace, entre Scherwiller et Andlau, mais leurs ambitions sont immenses. Ils veulent rétablir la justice de Dieu sur terre. C’est l’époque des révolutionnaires transcendantaux. Ils sont heureux et bouseux mais leur cœur est céleste…
Bon, vous me direz, qu’est ce qui peut bien m’attirer dans ce livre ? L’auteur pardi 🙂 Antoine Beck !
Antoine est un ami de ma belle famille. Né en 1919, Antoine Beck a eu une vie étrange. Né dans une Alsace tout juste redevenue française, brillant intellectuel, sorti premier de la ‘petite agrégation’ à l’âge de 19 ans, il est rattrapé par le destin. Il sait qu’il sera complètement aveugle au-delà de 30 ans – une rétinite pigmentaire diagnostiquée à l’âge de 8 ans. Hitler occupe le pays. Jeune agrégé d’allemand, communiste – il écrit une thèse sur l’influence de Saint-Simon sur Marx et Engels -, il est convoqué à Heidelberg, est nommé dans un pensionnat près de Haguenau, veut faire du journalisme, s’intéresse à tout ce qui l’entoure. Il se pose des questions…
C’est tout de suite après cette période mouvementée qu’il écrit ce roman. Il y met la nostalgie de ses bonheurs d’enfant, quand il escaladait les ruines du château de Bernstein pendant ses vacances à Dambach-la-Ville. Il y met la fierté d’être alsacien, ayant découvert dans ses lectures que Engels lui-même faisait grand cas du Bundschuh alsacien – dont toutes les révoltes paysannes, du XVe et du XVIe siècles se réclament, épousant son symbole, le soulier lacé, et certains points de son manifeste. Il y met son nietzschéisme, lui qui était déjà, à sa manière, un Sur Homme : handicapé—mais impatient d’en découdre avec la vie.
Quand il était enseignant au lycée de Maubeuge dans sa jeunesse, il voyait encore (Tiens, j’ai réussi à parler du Nord). Mais, de retour dans son pays, ce professeur d’Allemand, perdit comme prévu la vue. Cela ne l’empécha pas me raconte t-on souvent de continuer à enseigner dans un lycée de Strasbourg. Sa femme, Marie-Thérése le secondait.
Je l’ai toujours connu à la retraite 😉 Afin, retraite façon de parler car Antoine ne sait pas rester inactif. Et lors de l’une de mes premières visite chez lui, j’ai découvert son équipement informatique, spécial «mal-voyant» à une époque où l’on ne parlait pas encore d’accessibilité du net et de ce genre de chose. Antoine a toujours été à la pointe… notamment grâce au GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes) Alsace qui possède désormais une salle Antoine Beck 🙂
Donc, c’est beaucoup grâce à Antoine que j’ai été sensibilité de près aux problèmes des mal-voyants et de l’informatique. Une autre personne à l’époque d’Icônes m’y avait déjà confronté… (j’ai aussi réussi à parler d’informatique et d’Internet 🙂
Et bien, c’est cet aveugle, Antoine Beck, membres de l’APLV (Association des professeurs de langues vivantes) depuis la fin des années 1930 (il est en réalité l’un des rares membres d’honneur) qui, à plus de 90 ans, vient encore de publier un ouvrage cette année… Chapeau M. Beck. Vous nous surprendrez toujours Antoine.
Évidemment, nous commandons le livre Le Soulier Lacé auprès de Jérôme Do. Bentzinger Editeur…
Mise à jour le 24 août 08 : Nous avons appris avec regret le décès d’Antoine Beck en début de soirée hier, samedi 23 août. Toutes nos condoléances à la famille.