Cela fait quelques temps qu’il me semblait precevoir un bouillonnement du coté du e-learning (j’avais prévu un billet sur cela. Dans sa dernière livraison de juin 2006, KnowledgeNews (lors de la mise en ligne de cet article, la newsletter n’avait pas encore été mise en ligne chez knowledgeconsult) me le confirme en évoquant dès l’édito que le elearning redevient d’actualité dans les entreprises ! Voilà qui commence bien «même si e-learning n’est pas un outil miracle pour le monde de la formation, il a une réelle valeur ajoutée lorsque les populations à former sont très nombreuses et dispersées.»
Suivent un article de Pierre Prevel (coordinateur des projets e-learning et KM au Crédit Agricole) qui décrit comment ils ont réussi à former 50 000 personnes à la «Conformité». Bof, moi j’reste sur ma fin à cette ode à la structure bancaire. Il suffit de lire la fin : «Au delà d’une forte implication de la Direction générale, les éléments et savoir-faire qui ont fait que cette opération a été un succès sont : • La qualité du dispositif organisationnel et notamment de son animation, • La pertinence de l’ingénierie et de la coordination pédagogique et multimédia, • L’efficacité du travail collaboratif multifonctionnel (interne et externe au Groupe).» Je n’apprends pas grand chose dans cet article sur l’elearning et je n’ai pas grand chose à dire.
Ensuite François Duport expose sa réflexion sur l’évolution de l’e-learning et des plateformes associées. L’article est nettement plus intéressant.
Son point de vue sur l’intégration des LMS (Learning Management System) ou plate-formes d’enseignement aux systèmes d’information se défend, surtout vu le lectorat. Un passage par la mode du moment : les environnements personnels d’apprentissage. Ce sont les ENT (Espace Numérique de Travail) au niveau de l’Éducation Nationale.
Et là, alors que tout se passait bien dans ma lecture : «D’ici 2010, chaque élève, professeur, personnel administratif aura son ENT.» Nous sommes en 2006. Dans quatre ans ! Laissez-moi rire. L’auteur continue en nous prédisant un bureau virtuel pour les employés en entreprise. «Un seul identifiant permettra d’accéder à ses informations personnelles et à un Learning Management System. Sans compter les ePortfolios, ou les blogs, qui potentiellement fonctionnent comme des portefeuilles de compétences ou de savoirs, indispensable pré requis à la formation.»
Nous revoilà dans l’utopie. Combien sommes nous, en France, si j’exclue les personnes impliquées dans le domaine du e-learning ou de la FOAD à connaître l’existence de ces ePortfolios ? Et dans quatre ans nous posséderons tous notre ePortfolios !
Les blogs, idemm. J’ai la prétention de connaître les blogs. Mais même si la plupart des français connaissent les blogs de nom, possèdent-ils pour autant un blog ? Vont-ils s’en servir comme d’ePortfolios ? Je pense qu’il n’est pas bon de mélanger les usages à moins de créer de nouveaux termes et de dire qu’une nouvelle possibilité (et non certitude) sous la forme de blogs pourrait voir le jour. Les CV « complets » sous forme de blog existent mais ne sont pas si nombreux pour l’instant. Ca y est mon adrénaline peut redescendre.
Elle redescent d’autant plus vite lorsque je lis : «La frontière entre formation formelle et informelle s’amenuise. Pourquoi ? La formation informelle représente 80% des apprentissages.» Je ne discuterais pas sur ce pourcentage. Mais, je pense que c’est sur ce point que l’on se plante tous, les uns et les autres sur l’elearning de masse (c’est à dire celui qui s’adresse à Monsieur tout le monde et non pas aux salariés du Crédit Agricole pour reprendre l’exemple précédent.
Arrêtons de vouloir mettre en place des cours en ligne à tout prix sur tous les sujets. En fait, je crois que pour le elearning, nous devrions nous rapprocher beaucoup plus des autodidactes ancienne école. Comment faisions nous avant Internet pour nous former, nous informer dans le monde de l’autididactie ? On piochait des choses çà et là, on cherchait des pistes pour découvrir tel aspect qui nous intéressait, tel autre ailleurs… Parfois il se passait 3 mois, 6 mois, un an voir deux avant de trouver les éléments qui nous intéressaient… Je parle à la première personne car je suis autodidacte sur la plupart des choses que je connais actuellement.
Prenons l’exemple des photographes, ceux qui font de la prise de vue… Les « vrais », pas les marchands du coin de la rue… (enfin, ceux qui existent encore sont souvent des vrais justements). Si nous remontons 30 ans en arrière. Croyez vous qu’il y avait des écoles pour apprendre la prise de vue ? la photo ? Pensez-vous qu’un Lartigue, Jean-loup Sieff ou Cartier Bresson a suivi des cours de photo ? Non, ils étaient tous autodidactes… J’aurais pu prendre l’exemple des journalistes ancienne mouture.
Pour continuer dans le positif de l’article (je ne commenterais pas la fin de l’article très intéressante qui revient sur les fonctionnalités des plateformes de e-learning et sur l’écosystème de la e-formation, avant de conclure en parlant de Moodle ;-)) donc je suis du même avis que François Duport concernant les outils d’agrégation (hors réseaux sociaux). J’ai toujours dit que je croyais plus à l’agrégation qu’aux blogs par exemple !
J’aime aussi cette notion de passerelle jetée par les utilisateurs entre e-formation et gestion des connaissances.
J’irais même plus loin en disant passerelle jetée par les utilisateurs entre formation et gestion des connaissances. L’un des problèmes des enseignants actuellement qui doivent se situer dans cette mouvance entre l’enseignement traditionnel et la gestion des connaissances des uns et des autres. C’est ce qui fera la richesse de l’enseignement de demain et comme il est dit plus loin, on pourrait dire que les futurs enseignants deviendront des animateurs de savoirs. Là encore on est bien loin des TIC, trop souvent application des types d’enseignements traditionnel mis sur informatique.
Par contre que l’on ne me parle pas de communauté d’apprenants en e-learning. Elles sont rares. Chacun reste dans son coin. Enfin, je ne peux cautionner :«Nous sommes tous désormais des apprenants permanents dans une posture d’apprenance continue.». Cela sera le cas des personnes qui souhaite se former… Je connais des gens qui ne souhaitent pas progresser dans le domaine des connaissances 🙁
Comme on le voit… le e-learning est de retour. Les utopies aussi. Moins que lors des vagues précédentes, mais il reste encore pas mal de chemin à parcourir. D’ailleurs en terminants ces quelques lignes, je me pose la question. Devons nous encore parler de e-learning ou des e-learning ?
Utopies ! Des fois j’ai l’impression que le système éducatif entier est une utopie. À croire qu’à force d’imposer on finit par apprendre.
De ce que j’observe du e-learning, toutes les initiatives qui fonctionnent ont une caractéristique en commun : un environnement physique et structuré d’accompagnement.
Dans les faits, il n’y a pas une personne sur quatre actuellement capable d’étudier par elle-même. Les autodidactes ont toujours été une petite minorité. On ne fera jamais un mouvement de masse avec une minorité. Avec un environnement de support, on peut aller chercher l’autre 75 %, ceux qui doutent de leurs propres capacités, ceux que l’on a convaincu pendant toute leur scolarité qu’ils ne peuvent pas étudier seuls…
Bref, pour répondre à ton interrogation, il y a un e-learning bien fait et un autre partiel. Il y en a un qui fonctionne tout le temps et l’autre parfois.
Bonjour,
Toujours intéressant les commentaires… Cela prouve qu’un texte est forcèment réducteur et qu’il entraîne de l’interprétation.
En ce qui concerne les espaces personnels, je base mon analyse sur
– les objectifs gouvernementaux d’un ENT par individu pour 2008 dans la formation initiale et supérieure
– le nombre d’utilisateurs de blog et autres My Space dans la génération "Digital Native"
– les besoins personnels de construire une "formation" tout au long de la vie
Alors on peut parler de (L)CMS personnel, d’ENT, de blog, etc. L’outil reste un outil au service d’un objectif… qu’il soit pédagogique ou autre.
La montée en puissance d’une organisation en réseau développe les contacts et l’apprentissage informel… Une des conclusions de l’université d’été de la FING… Et c’est aussi un des retours d’usage des ENT… les relations d’apprentissage transverses et informelles. La machine à café est au centre des relations et l’institutionnel alimente cette conversation.
Je suis moi-même autodidacte. Pourtant, il me semble que la révolution en cours est autant personnelle que collective. Oublions nos références et notre parcours pour nous concentrer sur les usages en cours de développement et les besoins de nos organisations. Nos savoirs ont une durée de vie limité. Comment en générer de nouvelles ? Comment peut-on gérer la créativité ?
Bref, loin de la normalisation à la Jules Ferry. Tout change en même temps. Donc, pas d’utopie… Certainement pas du 100% partout, mais une montée en puissance de la place de l’individu.
A+
Merci à D. Lamontagne pour son commentaire et à François Duport pour cette mise au point… 🙂
Ce qui m’amuse dans vos commentaire à tout les deux c’est la mise en exergue de l’autodidactie.
Je sais que les autodidactes ont toujours été une petite minorité, mais plutôt que de vouloir faire un mouvement de masse depuis une minorité (c’est très difficile en effet, bien que les premiers chrétiens ne devaient pas être nombreux), je pense qu’il serait peut-être intéressant de voir comment fonctionnent l’autodidacte ou plutôt les autodidactes. Cela donnerait peut-être des pistes.
La remarque de François Duport est aussi révélatrice pour moi de quelque chose. D’accord pour ne pas employer les moyens des autodidactes… mais, juste un mais, ne pensez vous pas que la plupart des personnes impliquées dans la création du elearning (concepteurs, informaticiens…) sont au départ des autodidactes du elearning. Et ce qui me trouble dans mon raisonnement, c’est que ces personnes semble faire fi de leur passé d’autodidacte… Curieux non ? Peut-être parce que ils ont appris le reste de manière plus structuré ? Peut-être par soucis de rendre la formation plus "accessible" que celle qu’ils se sont contraints à suivre ? Peut-être pour évoluer dans un monde où il est simple d’apprendre ? Pour une autre raison ?
Ce sont juste des questions que je me pose…
"Oublions nos références et notre parcours pour nous concentrer sur les usages en cours de développement et les besoins de nos organisations". On sentirait poindre un zeste de Descarte qui fait table rase du passé… Je ne crois pas que cela soit nécessaire… Je dois être de la vieille école qui dit aidons nous de nos expériences bonnes et mauvaises afin de progresser… Je me suis d’ailleurs souvent dit que si des chercheurs épluchaient les découvertes, brevets… du passé, traitées avec les outils et les connaissances actuels, d’autres découvertes verraient le jour.
Pourtant, effectivement, nos savoirs ont une durée de vie de plus en plus limité. Est-ce un bien, est ce un mal… grand problème que je laisse aux philosophes.
Je me rappelle encore d’un prof de français, à la fin des années 70, (1970) qui nous disaient en cours que dans l’avenir tout irait très vite, que le monde serait en perpétuel changement, que nos savoir seraient éphéméres… La réaction des étudiants m’avait surpris à l’époque… Ils étaient scandalisés. Donc, plutôt que d’être acteurs, ces personnes (j’ai rencontré quelques un d’entre eux depuis cette époque là) subissent pour la grande majorité complètement l’évolution du monde environnant. Ils ne sont pas prêt à s’approprier de nouvelles connaissances afin d’évoluer. Arrêtons un peu de croire que tout le monde à envie d’évoluer surtout dans le cadre d’organisations auxquelles ils appartiennent. Seul, ceux que je qualifierait d’élite dérogent à la règle. La connaissance n’est pas un devoir dans notre mentalité d’hommes de ce début de XXIe siécle… N’est ce pas là que le bas blesse ?