Comme vous le savez, les étudiants du Master IDEMM de l’UFR IDIST réalisent un site internet sur le rapid elearning… L’existence de ce site est devenu un secret de polichinelle mais je garde l’embargo sur l’adresse du site en question pour l’instant. Relzone est maintenant connu de tous.
Dans le cadre de ce projet sur le rapid elearning, et non pas parce que je suis l’un des enseignants responsable de ce projet (biens que…), mais pour mes points de vue sur le rapid elearning, j’ai moi aussi en décembre subit l’assaut de leurs questions… équipé d’un pull-over resplendissant, avec de jolies roses 😉
Mais ce n’est pas de cela que je voulais vous prévenir. Comme à mon habitude, j’ai fait un peu de provo… Si je me souviens bien, je n’ai pas revu la vidéo, ni entendu le son depuis fin décembre, à la question sur le elearning et le rapid elearning, j’ai répondu que je ne « croyais » pas du tout à ces technologies. Un comble pour quelqu’un qui gère un projet sur le rapid elearning, vous en conviendrez !
Il est donc temps que je m’explique sur ces propos et avant que cela ne soit diffusé, cela vous donnera un avant goût.
Pourquoi ais-je dit que je ne pensais pas que le elearning ne fonctionnait pas. En fait, je prenais le elearning dans le sens : tout elearning. C’est vrai que je ne crois pas à ce type d’enseignement. Quelle est la différence majeure entre un cours par correspondance et un cours en « pur » elearning ? Un peu plus de gadgets et de soi-disant interactivité de la part de l’apprenant. Ok. Je ne pense pas que la notion de communauté soit très réelle dans ce cas. Chacun apprend de son côté, et éventuellement une personne tente de contacter une autre personne… mais en résultat, rien de bien folichon. De plus, se retrouver seul devant un écran d’ordinateur ou devant une feuille de papier, c’est toujours être seul. Je parle, bien entendu, des formations « traditionnelles » comme le suivi d’un cours à distance tel que pourrait le proposer la CNED (c’est n’est pas eu que je vise en l’occurrence) : devenez gestionnaire en x jours…
Cela demande en plus la même énergie de la part de l’apprenant de suivre un cours à distance par correspondance que de suivre un cours en elearning ! Vous avez déjà) tenté de reprendre des études par exemple par ces moyens ou de suivre des modules de formation à tel ou tel domaine qui vous intéresse ou pire pour votre carrière ? Moi, oui.Et je dois avouer que j’ai toujours laissé tombé quelle que soit la forme d’enseignement soit par manque de temps, soit pas désintérêt au fur et à mesure, soit par ceci ou par cela… Bref, j’avais toujours une bonne excuse. Jusque-là, c’était plutôt le point de vue de l’apprenant.
Passons à celui du créateur, du concepteur, du réalisateur, de l’enseignant, etc. Au choix, comme vous voudrez l’appeler. Le gros, l’énorme problème de cette mise en place de formations : le coût.On peut dire ce que l’on veut mais la mise en ligne de cours, qui ne soit pas du simple Pdf mise en ligne, représente un coût. Je ne reviendrais pas sur des sujets qui me sont cher : la phase de réflexion, de médiatisation de contenus… n’est pas à la porté du premier venu, cela s’apprend ainsi que la mise en place du projet.
Prenons un autre exemple (Adrien et Nicolas, on ne rigole pas. Eux savent pourquoi je suis au courant de cette affaire). Prenons un campus numérique (non, je ne dirais pas lequel). Voici quatre ans, peut-être cinq ans, le projet d’un campus numérique est lancé. Grand branle bas de combat, les chiffres volent haut, les idées les plus farfelus fusent de tous les côtés. J’entends de tout et du n’importe quoi… Tout est permis. Seulement dans l’ombre, une bagarre s’engage… Le choix de la plate-forme… Je pense qu’ils ont changé environ 4, 5 voir 6 fois de plate-forme… Je tairais le choix des outils et les pressions pour l’utilisation ou pour faire effectuer l’achat de logiciels du copain par certains… Une partie des participants réalisait seulement la partie rédactionnelle, certains effectuaient la mise en forme, d’autres assumaient les deux fonctions, sans avoir de connaissance spécifique dans la médiation ou la création de pages web… 4 – 5 ans… Entre le début de ce projet et maintenant, les techniques évoluent. Qui se rappelle encore de l’état des connexion internet voici quatre ans. Aviez-vous l’Adsl par exemple ? en 4-5 ans, les programmes (contenu des enseignements qui devrait être fourni).
Bon certain diront : il y a un cahier des charges. Il suffit de s’y référer ? Le mot cahier des charges ne doit pas avoir la même signification pour tous. Il y a eu du papier, des centaines de feuilles mêmes. La raison ? Régulièrement, le pseudo cahier des charges à évoluer selon l’humeur des uns ou des autres. D’ailleurs, y a-il un véritable chef de projet ? Pas à ma connaissance.
Dernièrement, une réunion pour ce projet m’a beaucoup amusé : on ajoute de nouvelles personnes pour créer de nouveaux modules. Des participants assurent que c’est très simple d’utiliser un logo existant :«tu lui change un peu sa couleur et les droits d’auteur disparaissent». Une autre dans le même genre : «bien sûr que tu peux utiliser une photo trouvée sur Internet, il suffit de changer quelques détails et quelques couleurs». Les bras m’en tombent.On parle même dans ces réunions du Pdf «euhhhh, tu crois pas que je vais faire du elearning avec du Pdf» et de Speechi (Je ne peux pas dire Thierry ce qui a été dit sur Speechi, j’aurais pourtant le savoir). Certains ne veulent pas signer le module de leur nom considérant que c’est de la m… D’autres continus toujours leur module même s’il est inadapté afin de finir le travail commandé qui sera inutilisable (il ne fallait pas être un grand spécialiste de la question pour le savoir depuis 2 ans au moins !). Je ne parle pas de question des compétences techniques que certains réclament, de la gestion des droits d’auteur (dans le sens du paiement du travail effectué) où rien n’est clairement défini.Abordant la question financière, je réagis à ce gouffre financier car ce sont mes impôts qui sont investis là-dedans. Après tout ce que je viens de dire, vous êtes en droit de dire : «Pourrions nous voir le résultat ?» Que nenni. Le « site » n’est toujours pas en ligne 🙂 Il est quasiment vide. Je prends le pari que ce projet sera un fiasco que l’on passera aux oubliettes.
Voilà pourquoi je ne crois pas aux elearning. Plus exactement, je ne crois pas à ce type d’elearning appliqué ici dans le cadre du public mais que l’on retrouve également parfois dans le privé. Mais certains grands groupes travaillent avec du elearning, et cela fonctionne. Pourquoi ? la structure, la gestion du projet, l’organisation… tend vers un ensemble d’éléments qui conduit à l’emploi et à l’acceptation du elearning. Oui, dans ces conditions, je dis : banco, allons-y, faisons du elearning. Les PME ont du mal à s’y mettre… Normal, l’investissement du elearning est difficile à rentabiliser pour une telle structure. Encore que cela dépend beaucoup de la taille réelle de cette organisation (son effectif) et la répartition spatiale de cet effectif. Reste encore à savoir ce que l’on définit par elearning… Une vidéoconférence est-elle du elearning ?
Ma réaction sur le rapid elearning est d’un tout autre ordre. En réalité, comme beaucoup je pense que le terme rapid elearning n’est pas le nom adéquat. J’ai déjà soulevé la question de savoir pourquoi vouloir faire du elearning avec les outils de rapid elearning. Son usage, à de rares exceptions, ne doit pas être celui-là (reste à savoir si l’on considère le elearning comme un cours « magistral » où j’apprends tout ou un moyen de formation de type informationnelle. L’exemple typique est l’autodidacte qui va piocher ici et là des informations pour se former).
Le plein emploi du rapid elearning, puisqu’il faut l’appeler comme cela, je ne le vois pas dans le elearning. Je suis persuadé qu’il peut avoir d’autres applications où il n’est pas encore utilisé aujourd’hui. Certains diront que c’est du elearning, mais je ne crois pas. Prenons un exemple. Vous êtes réparateur dans un domaine spécifique. Vous devez réparer une machine qui sort de l’ordinaire. Plutôt que de rechercher le mode opératoire de la réparation de cette machine, pourquoi ne lanceriez-vous pas la projection… tout en effectuant la réparation, guidé par la voix et de temps à autre regardant le schéma proposé à l’écran ? Dans de nombreuses situations d’urgences, le rapid elearning peut également avoir un grand intérêt. On peut aussi imaginer des solutions de mise en place de tutoriaux de cette façon : vous écoutez en effectuant les manipulations et jetez un coup d’oeil de temps à autre à l’écran.
Autre exemple dans le domaine marketing. Votre structure à l’habitude d’effectuer des rencontres commerciale où le commercial projette un diaporama en le commentant.Certains remettent ce diaporama à l’issue de la rencontre soit sous la forme d’une projection PowerPoint, soit sous la forme d’un Pdf… Seulement, le discours que vous avez tenu ? Où est-il ? Passé aux oubliettes. Moi, je propose de vous présenter ma société, ce qu’elle peut faire de mieux pour votre entreprise… et je vous laisse en partant : les diapositives, les commentaires (éventuellement, les questions et les réponses), éventuellement ce que j’ai écrit sur le tableau. Et puis tout compte fait, ne serait-il pas judicieux de publier sur le net cette présentation avant que je rende visite à mon client, ainsi cette rencontre éventuelle sera plus fructueuse… Nous parlerons déjà le même langage et des mêmes choses. Qui dit aussi que si je laisse ce type de présentation sur le net, ouverte à tous, au niveau communication, cela ne serait pas intéressant pour un large public de prospects que je n’aurais jamais imaginé. Mais là je quitte déjà le domaine du marketing pour celui de la communication. Le rapid elearning est un moyen de dire stop aux vidéos interminables. Chacun pouvant aisément choisir la séquence qui lui convient ou consulter la présentation dans son intégralité. À quand le premier communiqué de presse selon la technique du rapid elearning…
Communication… Communiquer… diffuser… Quel est le but d’une communication ? Prenons, vraiment au hasard, une conférence. Encore plus au hasard, la conférence sur le rapid elearning que nous avons organisé en janvier (j’attends toujours les présentations de Thierry et de Nicolas, ainsi que le compte-rendu vidéo au passage). Et bien, nous aurions pu réaliser une « petite » conférence dans notre lointain nord, entre nous. Mais, il suffit de regarder sur Internet, le but de la plupart des conférences est d’exposer les points de vue des intervenants au plus grand nombre. L’usage du rapid elearning dans notre cas fut un succès déjà le jour de la conférence. Nous ne sommes pas les seuls. Le Comité Régional Olympique et Sportif d’Ile de France enregistre ses conférences en rapid elearning. Je suis convaincu que d’ici quelques années une conférence sans rapid elearning ne sera pas une vraie conférence. Et je ne fais même pas d’hypothèse sur le jour où le rapid elearning intégrera la présentation effectuée à distance par un intervenant qui ne peut pas se déplacer et qui effectue son intervention, confortablement installé dans son fauteuil chez lui.D’ailleurs, une réflexion, ne verrions-nous pas se développer les tables rondes sous formes de débat car les conférences n’aurait quelque part plus lieu d’être puisque tout un chacun pourrait créer sa propre conférence depuis chez lui.
Dans le domaine de l’enseignement, je pense que le rapid elearning a son rôle à jouer également, mais pas dans le elearning comme dit plus haut. Bien sûr après ce que je viens de dire, le cours à distance peut avoir lieu. Il peut avoir son intérêt surtout dans les pays à la population éloignée, mais dans ce cas, pour moi, ce n’est qu’un élément du elearning. Non, je pense plutôt à l’étudiant, en université par exemple, qui suit un cours en amphi. Il va être le premier à vous dire : «le problème c’est que je ne peux pas suivre ce que dit le prof, regarder son PowerPoint, ce qu’il écrit au tableau et prendre des notes». Le rapid elearning peut venir à son secours de cet étudiant. En effet, imaginons que l’enseignant enregistre sa « prestation » et la rende disponible. Une fois de retour chez lui, l’étudiant peut consulter tout à loisirs le cours qu’il vient de suivre… et donc compenser les « absences » qu’il a eut.
Voici quelques exemples. On pourrait, je pense en ajouter une multitude d’autres.
Donc, en effet, je dis non au rapid elearning que l’on confond avec du elearning mais par contre j’attends énormément du rapid elearning quand il sera utilisé par les entreprises pour autre chose que du elearning. Vivement qu’il change de nom.
Ce billet est diffusé conjointement ici et sur le blog azimut… et également en commentaire si les étudiants utilisent le passage concerné dans leur site 😉
Des explications… sur le elearning et le rapid elearning
Un billet sous forme d’édito pour expliquer ce qui fonctionne ou pas dans le elearning et l’avenir du bien mal nommé rapid elearning