
Un étudiant en journalisme, qui rédige un mémoire de stage en développant la problématique Médias et réseaux sociaux, quelle stratégie pour attirer le clic et quelles conséquences sur la diffusion d’une information ? m’a posé quelques questions. J’espère recevoir son mémoire 😉
En attendant, je vous fais profiter de mes réponses 😉
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Eric Delcroix, je suis un indépendant, ancien maître de conf. associé, qui suite à un passé de journaliste a pris le chemin de la PAO fin des années 80 et qui c’est intéressé très tôt au web, et au médias sociaux depuis l’arrivée des blogs et de Facebook, Twitter, Pinterest… par la suite. Actuellement, j’ajoute une sensibilité particulière à la génération Z.
Pourquoi tant de personnes sont présentes sur les réseaux sociaux ?
En fait, l’engouement pour les réseaux sociaux a démarré avec Facebook, même s’il existait d’autres plateformes auparavant. La particularité de Facebook est d’avoir intégré des applications dont les jeux.
Basé sur la théorie des petits mondes et surtout sur les liens faibles (les liens forts sont la famille, les amis proches avec qui l’on discute régulièrement, les autres « amis » sont des liens faibles) ont fait le reste.
Je pense que fondamentalement l’Homme à besoin d’échanger… Et sa recherche ultime est la rencontre IRL.
Les réseaux sociaux offrent une approche de l’autre, quelle que soit sa condition, son pays, etc. de manière aisée.
Comment définiriez vous le réseau social aujourd’hui, sa place dans la société ?
Il n’existe pas une seule formule pour définir les réseaux sociaux. Désormais, c’est une sous-partie des médias sociaux. Pour ma part, je définis les médias sociaux par 3 verbes : partager, collaborer et interagir.
Donc, les réseaux sociaux doivent répondre à cette définition à laquelle j’ajouterai 3 autres critères : choisir et accepter ses « amis » ; diffuser une partie ou la totalité de son CV ; organiser une vie sociale d’échanges virtuels avec ses « amis ».
Pourquoi les médias sont-ils présents sur les réseaux sociaux ? Qu’est ce que cela leur apporte ? Comment font-ils pour y exister ?
Les médias comme toutes entreprises suivent le public là où il se trouve, il est donc normal de les retrouver à ce titre sur les réseaux sociaux. De plus, le cas des médias est un peu spécifique, car cela met en péril (ou demande de nombreuses modifications aux modèles qui étaient le leur) les structures même des médias, leur manière d’envisager l’information (le maître-mot est lâché les concernant), etc.
Le premier point que cela leur apporte est d’avoir un « nouveau » public de lecteurs, mais aussi de diffuser l’information de manières différentes.
D’ailleurs, si l’on inclut Twitter dans les réseaux sociaux (pour moi, Twitter n’est pas un réseau social, mais un média social en Temps Réel), on s’aperçoit assez vite que désormais l’information se fait dans ce média. Il est donc indispensable à ce que les médias traditionnels y trouvent une place.
En me demandant comment font-ils (les médias) pour y exister, j’aimerai bien répondre qu’ils y prennent leur place naturelle. Mais, ce n’est pas le fond de ma pensée. Je crois plutôt que la très grande majorité des médias n’ont pas encore compris comment utiliser les réseaux et médias sociaux. Ils me donnent l’impression de se contenter de replâtrages sur une jambe de bois !
Aucun, hormis les sites de médias en ligne ou les tentatives de France Télévision sur le net (mais je trouve qu’ils manquent de relais sur les écrans de télé) par exemple…
Donc, si je résume ma pensée, les médias font acte de présence. La plupart du temps, les journalistes complètent leurs reportages en simplifiant par une photo et un message (parfois, un article) sur le site du média ou par le compte Twitter ! Basta !
Quelle sont les stratégies pour forcer l’internaute à cliquer sur un lien ?
Il n’existe à mon sens aucune stratégie pour forcer l’internaute à cliquer sur un lien hormis la qualité et la véracité de l’ensemble.
Je ne parle évidemment pas de techniques publicitaires, des sacro-saints concours ou mêmes d’accroches par des titres du genre : les 10 astuces pour…
Attention d’ailleurs de ne pas confondre différents aspects des réseaux sociaux. Le but est de « recruter » des « fans » pour une page de médias par exemple dans le but d’offir des possibilité « d’échanges ».
La course à l’échalote du nombre d’inscrits est un mauvais pari. En tant que spécialiste des médias sociaux, je conseille souvent d’avoir une petite communauté active plutôt qu’une pléthore « d’amis » inactifs. Et dans ce cas-là, il est certain que vos « abonnés » réagiront plus aux liens que vous donnez.
Il est évident que si le lien dirige vers une information de qualité, qui correspond à l’attente du lecteur, il y a de fortes chances pour que ce lien soit suivi… C’est d’ailleurs tout le travail des curateurs actuellement, puisqu’ils ne diffusent que très rarement leur propre contenu, mais dirigent vers des liens qu’ils conseillent !
Y’at’il un impact sur la qualité de l’information transmise ? Moins d’info de fond ? Plus de place au ‘scoop’ et à l’insolite ?
C’est une bonne question.
Évidemment, la guerre du scoop est lancée depuis l’arrivée de Twitter. C’est d’ailleurs l’un des pièges auxquels les entreprises du secteur ont tendance à se laisser prendre. Mais, justement, c’est une erreur. Je me rappelle le comportement de l’AFP à la mort de Michael Jackson. Elle avait l’info, mais a vérifié par des sources « sures » l’exactitude de l’information avant de la publier !
Pas mal de journalistes actuels feraient bien d’en faire autant aujourd’hui ! Je ne pense d’ailleurs pas que ce soit le média qui soit à mettre en cause (Bien que… On peut se demander si certaines rédactions en chef ne poussent pas dans ce sens).
Et puis, soyons honnête, la guerre du scoop est perdue pour les médias (sauf pour le travail d’enquête). Désormais, il y aura toujours bien une personne connecté à Internet près d’un événement et qui ne sera pas journaliste !
Le métier de journaliste doit se positionner ailleurs : dans les explications, les informations complémentaires… Pas dans l’information brute ! La vérification des informations, également, est un large secteur d’investigations, tout comme l’open data…
Pour l’insolite, ma réponse est positive. Oui, il y a de l’insolite.
Mais si je regarde la dernière page de la Voix du Nord, version Print, de quoi est composée la dernière page sinon de brèves de l’AFP plus ou moins insolites.
Encore hier au soir, dans un journal télévisé du soir, une séquence était consacrée à une information insolite (illustrée exclusivement d’images en provenance du web) !
Donc, la faute est à l’utilisation des réseaux sociaux ou aux choix des journalistes qui peuvent désormais trouver des informations insolites pour lesquelles ils n’avaient pas accès dans le passé ?
En corolaire, est-ce que le public est friand ou non de ces informations ? Personne ne lit les journaux comme Voici et autres, et pourtant, regardons leurs chiffres de ventes !
Pour répondre enfin au début de votre question sur la qualité de l’information et sur l’info de fond, je ne pense pas qu’elle soit fondamentalement diminuée. Les niveaux de lecture sont différents.
Si je fais une comparaison presse papier – presse dans les médias sociaux, d’un côté, il y avait le titre et le chapô (ou une image) qui attirait. Puis on lisait l’article.
Désormais, il y a le tweet ou le message dans Facebook, une galerie d’images ou une vidéo qui peuvent attirer. À l’internaute d’aller lire la suite !
Je ne pense pas que les articles des médias traditionnels soit d’une qualité différente. Il n’en est pas de même parfois de certains nouveaux « organes de presse » du web où effectivement la qualité de l’information n’est pas toujours au rendez-vous, y compris des journalistes « amateurs ».
L’impression que la qualité est moindre provient peut-être de la part des médias traditionnels de leur manque d’ambition autour des possibilités offertes par les nouveaux outils…
On reste sur notre faim, car on attend toujours mieux que l’énième redite d’un communiqué de presse plus ou moins reformulé ou être à la recherche dans l’ensemble des sites d’informations des éléments qui nous permettent de comprendre la situation !
Je pense par exemple à des explications géopolitiques sur des conflits où je dois attendre la diffusion par des profs. de géo des cartes qui m’éclairent sur le pourquoi, les raisons historiques, etc. alors qu’aucun média ne le fait !
Je me pose une question subsidiaire qui relie au questionnement sur la qualité de l’information : les « experts » interviewés. Parfois, cela pose la question des influenceurs du web : qui sont-ils, comment le sont-ils devenus…
Quels sont les enjeux financiers ?
Les enjeux de la survie (oui, je dis bien survie) des médias traditionnels notamment en France est engagé, car les enjeux financiers sont importants.
On ne peut pas continuer à soutenir une presse papier par exemple qui ne fait rien ou presque sur le net. Les médias traditionnels doivent effectuer une véritable mue et pas un replâtrage comme indiqué précédemment.
De nouveaux modèles économiques doivent être trouvés, c’est une certitude ! Peu de médias se donnent cependant le moyen d’y réfléchir véritablement.
Pour l’anecdote, au début de Twitter, la Voix du Nord diffusait un flux d’information ! À l’époque, je m’étais posé la question de savoir si je devais continuer à lire la version papier du journal ! Quelques mois plus tard, le compte a été repris en main… Je suis obligé de lire la version papier (La version numérique n’apporte pas grand chose de plus sinon de dire : je lis mon journal sur un iPad).
Dommage ! Pourtant, je reste persuadé que la 1re mouture de ce compte Twitter pouvait être une énorme porte d’entrée pour le journal vers des versions payantes numériques.
Pouvons-nous parler d’un nouveau modèle économique ?
Comme dit dans la réponse précédente, oui, de nouveaux modèles économiques sont à créer.
On sait depuis longtemps maintenant que les Français ne veulent pas payer pour de l’information. Nous savons tous que les médias existent seulement par la publicité en relation avec le nombre de lecteurs, d’auditeurs, de téléspectateurs…
Donc, le but est de trouver en ligne, dans les médias sociaux (et pas seulement les réseaux) un lectorat, un auditorat ou des téléspectateurs (l’arrivée des télés interactives et pas seulement du Twitter autour d’un hashtag devrait aider) dignes de ce nom pour le média.
À lui de faire que ces personnes et les modèles économiques créés autour de ces principes fassent que la version papier deviennent la version « on la garde car nous avons encore quelques personnes qui l’achètent » avant sa disparition complète qui sera sans importance ou avec une version sous une autre forme à déterminer (format, contenu éditorial…)
Je reste convaincu que toute la presse papier ne disparaîtra pas. Par exemple, des magazines du type National Geographic continueront d’exister… Mais il est vrai le groupe a depuis longtemps intégré d’autres médias autour de son journal.
Je crois que ces nouveaux modèles économiques apparaîtront avec l’arrivée de la génération Z (nés entre 1995 et 2010) dans les entreprises et dans les médias, donc dans les prochaines années maintenant.
Le mieux est peut-être de reprendre ce que me dit l’une de mes filles qui veut devenir journaliste. Elle a 14 ans actuellement, mais déjà depuis plusieurs années, elle rabâche : «Je veux devenir journaliste, mais pas comme les journalistes actuels. Je ne veux pas travailler seulement pour un journal papier, ni pour une radio ou une télévision…». En fait, elle veut travailler dans les médias dans leur ensemble : alliant à la fois rédaction, voix, vidéo, dessin, graphismes, infographie… Cela ne vous rappelle pas un certain environnement numérique ?
Depuis combien de temps ce procédé prend de l’ampleur ?
Ce processus d’évolution vers la mue des médias a commencé très certainement avec l’arrivé des blogs dans les années 2005 et l’émergence de ce que l’on a appelé le journalisme citoyen.
Les premiers blogueurs donnaient une nouvelle orientation à l’écriture journaliste… et surtout amenait la disparition du point final de l’article. La discussion se poursuivait.
L’un des faits le plus marquant dans ce sens est certainement lors du référendum sur l’Europe où un blog catalysait les « non » sans commune mesure avec ce qui se passait dans les médias.
Une forme de coopération est également établie désormais entre journalistes dans les réseaux sociaux et l’homme de la rue… et aussi, par exemples, les politiques ont compris qu’ils pouvaient dialoguer en direct avec les journalistes via les réseaux sociaux. Idem pour les entreprises par les RP dites 2.0 (Les RP 2.0 n’incluent pas que les journalistes, mais les influenceurs du net également)
Pouvons-nous redouter que les gens ne s’informent plus que via les réseaux sociaux ?
Pour la primo information… Oui et non…
Si j’observe, notamment les jeunes, je m’aperçois que ce n’est pas par les réseaux sociaux proprement dits qu’ils s’informent.
Avant tout, ils s’abonnent à des systèmes d’alerte d’information de grands médias sur leur smartphone. Si l’information les intéresse, ils vont la voir sur le site du média.
L’autre source d’information pour eux est les amis…L’information comme le commerce doit désormais compter sur l’avis des pairs qui seront de redoutables relayeurs d’informations, le plus important même.
Les influenceurs du web qui sont surtout présent dans les médias sociaux ont un bel avenir devant eux et les médias feraient bien d’y prêter attention 😉
Mais pourquoi considérer que c’est un danger, pourquoi le redouter ? Je ne vois pas de raisons… sinon la mise en adéquation des reportages et compléments pour le support concerné.
Au passage, je mettrai en garde les médias à l’évolution vers un monde de l’image (fixe et animé) qui va plus loin que le poids des mots, le choc des images !
Ne pas être présent sur ces réseaux sociaux peut-il être préjudiciable aujourd’hui ?
Cette question est à tiroir. Oui, pour l’individu. Oui, pour les médias, il est préjudiciable dès à présent de ne pas être présent dans les réseaux et médias sociaux.
Que ce soit l’individu ou les entreprises dont les médias, il est nécessaire désormais de prévoir une stratégie de présence dans ce qui fait le monde actuel.
Un individu qui n’est pas présent par exemple dans une classe de seconde dans les réseaux sociaux est exclu de l’univers de la classe, d’informations sur les horaires de cours…
Aucune entreprise ne peut se permettre de ne pas être présente. Et quand je dis être présente, cela ne veut pas dire : relayer un flux d’info genre fil RSS ! Non, avoir une présence réelle pour sa « communauté ».
En marketing, l’on parle beaucoup de content marketing actuellement… Mais au delà du contenu de qualité évidemment mis dans ces médias sociaux, il est nécessaire de « travailler » à l’émergence de discussion.
C’est pour cela que les internautes sont dans les réseaux et médias sociaux : pour discuter… Refaire la discussion de comptoir ou des discussions plus « évoluées », donner leur avis et point de vue, enrichir l’information…

Ce matin, au courrier, il y avait le premier numéro du premier mensuel régional (Nord -Pas de Calais) gratuit 100% économie :