journalisme citoyen : le citoyen s'exprime, le journaliste fait son boulot

Il était amusant pour moi de répondre par l’affirmative quand le PAC (Présence et Action Culturelles) de Belgique m’a demandé de participer à leur Cahier de l’Education permanente sur le journalisme et ses évolutions numériques et alternatives, notamment en rédigeant un texte sur le journalisme citoyen, qui plus est, pendant la campagne des présidentielles en France.

Le livre est sorti le 18 avril, peu de temps avant le premier tour (voir eric-delcroix.com : Journalisme : évolutions numériques et alternatives)… et voici ma participation à l’ouvrage.

Le journaliste citoyen s’exprime

le journalisme et ses évolutions numériques et alternatives
le journalisme et ses évolutions numériques et alternatives

Le terme journalisme citoyen dans la forme popularisée aujourd’hui sur les blogs et les sites collaboratifs en Europe (pas dans les pays où censure, dictatures… existent) me dérange.

D’ailleurs si au milieu de la décennie écoulée, on emploie régulièrement cette expression, elle a aujourd’hui une petite notion désuète. Et si, cela n’était qu’une expression de journalistes et de commerçants ? Pour mémoire, cette période correspond à l’arrivée d’Agoravox et par la suite des autres médias participatifs.

Ce sont ces nouveaux médias qualifiés de participatifs qui me pose le plus gros problème aujourd’hui. Ils mêlent contributions de journalistes, d’experts et d’hommes de la rue, comme Rue89.

Quelle différence entre Rue89 et le Lab d’Europe 1 ou dernièrement la version française du site The Huffington Post (fusion avec Le Post) où la direction éditoriale est assurée par des journalistes.

Ce sont des sites commerciaux, mis en place par des médias ou des journalistes qui ont peur de voir leur métier disparaître (certains diront que c’est l’évolution du journalisme avec l’introduction du journalisme citoyen dans leurs pratiques) qui offrent au final une information pas si différente de celle des médias traditionnels en ligne.

J’ai l’impression de retrouver le principe des magazines photo qui demandent à leurs lecteurs de remplir gracieusement leurs pages avec les photos ! Le photographe amateur est content de voir sa photographie publiée, la revue de remplir un quart de page.

J’aime beaucoup l’analyse d’Arnaud Meunier (en 2007) dans Journalisme citoyen = absurdité 2.0 qui évoque la quête de l’audience pour expliquer cette transformation du journalisme…

Le vrai journalisme citoyen si tant est qu’il existe n’est pas là ! On ne peut pas se revendiquer faire du journalisme citoyen en s’entourant de modérateurs, pour employer le langage internet, qui sont de « vrais » journalistes. Même Agoravox désormais possède son comité de rédaction !

Et je pense que ce qui est qualifié de journalisme citoyen dans ce cadre une appropriation de l’Internet participatif mal digéré ! Un détournement ou une expropriation du web 2…qui va de pair avec «tous journalistes» !

Des origines du journalisme citoyen

Il serait bon de revenir sur les origines du journalisme citoyen. En 2005, nous étions dans la phase où tout le monde parlait des blogs, du web 2.0. L’évolution de la presse, de l’avenir de la presse était aussi d’actualité… et c’était l’heure de gloire du journaliste citoyen.

À cette époque, le journalisme citoyen annonçait que le citoyen ordinaire pouvait rapporter, expliquer, analyser ou commenter l’actualité comme il l’entendait sur internet et que l’homme de la rue pourrait lui répondre !

Adieu, le comité de rédaction, rédactions en chef, relecteurs, secrétariats de rédaction.

Mais, si rappelez-vous. Le grand manitou des blogs Francophone : Loïc Lemeur nous vendaient les blogs de cette manière. C’est facile de posséder un blog, c’est facile de s’exprimer et une multitude de personnes vous réponds. La réalité était bien autre.

D’ailleurs, que sont devenus les blogs, leur audience ? Je parle des blogs personnels, pas des blogs communautaires !

C’est quoi un journaliste ?

Il m’a toujours semblé bizarre que l’on accole le terme de journaliste ou de journalisme à celui de citoyen.

D’ailleurs, c’est quoi un journaliste ? À la base une personne qui écrit pour un journal ! Il est payé pour faire son métier.

Donc, c’est un métier aux contraintes d’espace, de temps, de rentabilité, avec une rigueur et une déontologie dans le traitement de l’information (objectivité et « neutralité » notamment).

Le temps pour lui est à la fois un avantage et un inconvénient. Avantage, car il a le temps nécessaire pour enquêter, s’informer… Contrainte, pour des impératifs de date ou d’heure de publication !

Il a aussi un « carnet d’adresses », est invité aux conférences de presse, possède un encadrement (rédaction en chef, éditeur…) , protège ses sources…

Et qu’est ce qui différencie un journaliste d’un journaliste citoyen ?

Le journalisme citoyen doit répondre aux mêmes exigences que les journalistes notamment du point de vue éthique (combien de blog parlent de produits ou d’événements car le rédacteur est invité ?), pour la vérification des sources (dans la pratique la vérification des faits se fait souvent après publication) et pour l’analyse neutre des faits dans son contexte en restant le plus objectif possible (les propos du journaliste citoyen sont souvent engagés).

Évidemment, ces sources d’informations ne sont pas protégées.

L’un et l’autre ne dispose pas du temps de la même manière ! Mais, également, de l’argent et des moyens nécessaires. Le bénévolat du journaliste citoyen n’a qu’un temps. Très vite « on n’a plus le temps », d’autant qu’il est rare de trouver une compensation à l’absence de revenu, hormis pour les partisans, supporters, fidèles à une cause…

Et puis, il y a le problème de l’audience. Le média pour lequel travaille le journaliste possède un lectorat, un nombre de visiteurs… C’est une chose que ne possède pas le journaliste citoyen !

Pardon, si, certains internautes possèdent la masse des lecteurs nécessaires, ceux qu’on qualifie d’influenceurs !

Mais, généralement, même s’ils font oeuvre de journalisme citoyen dans leurs domaines, s’ils arrivent à vivre de leur statut, qu’ils ont le temps à l’image des journalistes, aucun ne revendique le titre de journaliste citoyen ! Ils préfèrent leur titre d’influenceur ou même pas de titre du tout !

Une réflexion sur leur avenir serait d’ailleurs intéressante. Ces influenceurs, parmi lesquels il y a des journalistes, ne vont-ils pas prendre le rôle et surtout le 4e pouvoir généralement accordé aux journalistes dans l’avenir ?

Parfois on évoque pour ces influenceurs un rôle de contre-pouvoir démocratique grâce à leur forte notoriété, comparable à celle d’organes de presse et autre héritage du web 2.0, ils sont considérés comme des pairs, leur parole est sacrée.

Le journalisme citoyen n’est pas du journalisme

Cet amalgame qui est fait entre les fonctions de journalisme et de journalisme citoyen provient peut-être de l’émergence avec le web 2.0 des pro-am (PROfessionnels AMateurs). Le journalisme citoyen étant une forme de pro-am du journalisme. Au mieux, le journaliste citoyen est un journaliste occasionnel s’il déniche en premier une information et qu’il la diffuse.

Mais le terme journaliste lorsqu’on l’emploie comme métier ou dans l’expression journaliste citoyen est-il le même ? J’aurai tendance à répondre par la négative. Le journaliste informe tandis que le citoyen internaute témoigne sur ce qu’il voit, sur ce qu’il entend ou sur ce qu’il constate.

C’est aussi pour cela qu’en général son action est de proximité, se concentrant sur une ville, parfois même sur un quartier, pour donner, par exemple, un point de vue sur la vie d’une communauté ignorée par les médias ou par les institutions locales.

Même si ces actes citoyens sont bien souvent nécessaires au bon fonctionnement d’une démocratie la frontière est mince avec la vision utopiste de l’internet, grand village mondial aux bouillonnements participatifs, à l’agora électronique bruyante marquée par une grande liberté d’expression. Le site indymedia en est un bon exemple… mais très orienté politiquement !

Et les dérives dans ce genre de site peuvent vite devenir dangereuses : chacun a le droit de dire ce qu’il pense à l’opinion de chacun est pertinente (si le premier cas est une notion fondamentale, la seconde est fausse et dangereuse). De même, le point de vue très personnels érigés en vérités fondamentales est un risque !

Nous sommes loin du journalisme, du 4e pouvoir évoqué à une époque pour le journalisme citoyen

C’est pour cela que je préfère parler de contenu généré par des citoyens à opposer aux contenus vendus ou diffusés par des médias traditionnels et produit par des journalistes.

Cependant, il est indéniable que l’apparition de ces nouvelles formes de contenus influence le travail des journalistes. Ils reviennent peut-être ainsi à leur vrai métier : le traitement de l’information et non plus la diffusion de l’information brute. Le journaliste devient éditorialiste comme le défini Thierry Crouzet dans Le journalisme citoyen, c’est de la foutaise : le journaliste devient éditorialistes

Le citoyen apporte ses réactions, ses opinions, des commentaires au travail du journaliste, peut faire remonter une information ou la relayer… C’est aussi le cas dans le domaine du data journalisme ou quiconque peut manipuler, retravailler les données fournis.

Et puis, les citoyens qui publient des commentaires et de l’information sur internet via les blogs, les réseaux et les médias sociaux ne revendiquent pas – sauf rares exceptions – ce terme.

Par contre, c’est indéniable, en partageant ses opinions et ses observations avec le reste du monde au travers des réseaux et des médias sociaux, Facebook en tête, l’homme de la rue chaque jour joue son rôle de citoyen, relayant telle information auprès de communauté, alerte tel homme politique, échange avec les journalistes sur Twitter… Il ne s’en rend même pas compte.

Ce net-citoyen n’a pas besoin d’être affublé du titre de journaliste, être citoyen lui suffit !

Depuis la rédaction de cet article, j’ai vécu deux exemples qui montrent la différence entre le « journaliste citoyen » que je pourrais être et le travail de journalisme.

Comme acteur du web, j’ai invité le parti Pirate à un Open Coffee sur Lille, un journaliste a pris le relais. Je n’ai pas vocation à suivre leur campagne et à informer de leur activités de manière régulière !

Second exemple, j’ai des informations concernant un conseil général qui mériteraient une enquête « fouillée » pour savoir ce qui se passe au niveau de certaines facturations ! Je peux lancer le pavé dans la marre… mais au final, je n’ai ni les compétences, ni les contacts, ni le temps… de me lancer dans cette investigation alors que je ne détiens que quelques bribes de l’écheveau de laine de l’affaire (et peut-être, au final, n’y a t-il pas d’affaires)… Seul un journaliste peut effectuer cette enquête, sur son temps de travail, protégeant ses sources, avec l’aides d’informateurs à certains endroits pour confirmer ou infirmer certaines choses, etc. D’ailleurs, si l’un d’entre eux est intéressé, il peut me le faire savoir 😉

Le pré-programme des journées du contenu web

Attention, ce programme est celui de 2010. Celui de 2011 est sur Blog en Nord.

La journée Idemmatic évolue dans les journées du contenu web (voir explications sur Blog en Nord, journées du contenu web : nouvelles journées Idemmatic)

Voici le programme dans les grandes lignes de ce qui devrait se dérouler, à Lille, les 4 et 5 mars 2010.

Vous pouvez vous inscrire à ces demi-journées gratuites ou pour les journées (jeudi 4 marsvendredi 5 mars)

L’image dans le web

Jeudi 4 mars – 9 h – 12 h à Euratechnologies – Inscription – Le programme complet pour l’image et la photo dans le web

  • Photographe pro vs images libres de droit
  • L’image dans les sites web et dans l’entreprise
  • Une image plutôt qu’un long discour ?
  • La lecture de l’image

L’écriture web

Jeudi 4 mars – 14 h – 17 h à Euratechnologies Inscriptionle programme complet pour l’écriture web

  • Stratégie éditoriale
  • Ghost blogueur vs Community Management
  • Backlinks & SEO vs Buzz & Réseaux sociaux
  • L’impact du contenu virtuel dans les besoins du réel

Journalisme web

Jeudi 4 mars – en soirée – ESJ Lille –  (annulé par manque d’inscriptions)

  • Le journalisme face au web ou avec le web

Référencement

Vendredi 5 mars – 9 h – 12 h à Euratechnologies Inscriptionprogramme complet pour le référencement

  • SEO pour les nuls
  • Clinique SEO
  • SEO Expert, quoi de neuf ?
  • Le SEO dans tout ses états

Web analytics

Vendredi 5 mars – 14 h – 17 h à Euratechnologies Inscription

  • Pour plus d’information au sujet du barcamp sur le web analytics, voir le wiki mis en place spécialement pour l’occasion : Web analytics camp

Attention inscription …

Apéro Blog en Nord

Vendredi 5 mars – soirée Inscription

  • Apéro Blog en Nord pour clôturer ces journées

Intégrer le Web 2.0 dans sa pratique journalistique

Début février, le donne une formation intitulé conception et projet multimédia pendant 3 jours, les 2, 4 et 5 février, au centre de compétence en technologies de l’information et de la communication Technofutur TIC à Charleroi (Belgique).

Le 11 février, c’est une nouvelle formation que nous avons mis en place : Intégrer le Web 2.0 dans sa pratique journalistique destinée à des professionnels de la presse (journalistes) ou de la communication, déjà habitués à rédiger pour le print. Cette formation se déroulera également à Technofutur TIC.

Ces formations sont ouvertes aux Belges, mais également au Français. Renseignez vous auprès de Technofutur.

Voici le programme de la formation Intégrer le Web 2.0 dans sa pratique journalistique.

Les flux de syndication

  • Qu’est ce que les flux RSS
  • Comment les utiliser et les agréger
  • Que peut-on faire avec les flux de syndication
  • Netvibes
  • Symbaloo
  • Pearltrees

Le partage des informations

  • signets (delicious, Diigo)
  • PDF (Scrib, Docstoc, Issuu, Calame)
  • PowerPoint (SlideShare)
  • Notes (Evernote)
  • Photo (Flickr)
  • Vidéos (Youtube, Daylimotion)
  • stockage/partage de fichiers en ligne (DropBox).

La collaboration en ligne

  • Wiki (Xwik, Google doc, Zoho)
  • Gestion de tâches (TodoIst)
  • Diagrammes (Gliffy)
  • MindMapping (Xmind)
  • Émission vidéo (Ustream)

Les évolutions de la recherche d’informations

  • Rappel de Google (fonctions avancées)
  • Twitter et la recherche en temps réel
  • Moteur de tendances
  • La recherche spécifiques : les forums, les paroles de films…

Les blogs et CMS

  • Approche d’un blog (WordPress)
  • Approche d’un CMS (Joomla)

Les réseaux sociaux

  • Facebook (Profil, groupes, pages fan, appplications)
  • Linkedin (Profil, groupes)
  • Viadeo (Profil, hub)
  • la gestion de ses communautés
  • l’identité numérique

Le web temps réel

  • twitter
  • les applications autour de Twitter
  • Google Wave

Lifestream

  • Friendfeed

Si vous aussi vous souhaitez suivre cette formation ou que nous mettions en place une formation spécifique pour votre personnel, n’hésitez pas à me contacter 🙂

Scheidermann, 1er journaliste français licencié à cause de son blog

Daniel Schneidermann, journaliste et animateur de l’émission dominicale Arrêt sur Images de France 5, a annoncé, son licenciement sur son blog : C’est fait : je suis licencié de France 5 pour « faute grave ».

Suite à l’arrêt de son émission (Il animait Arrêt sur Images depuis 12 ans), Daniel Schneidermann s’est exprimé à plusieurs reprise sur son blog collaboratif avec une franchise qui dépassait les limites selon sa direction (principalement les billets des 13, 14 et 17 juin derniers). Il est donc licencé pour les propos exprimés sur son blog, ce qui fait de lui le premier journaliste français licencié pour les propos tenus sur un blog.

Difficile, comme le souligne Gilles de savoir qui a tort, qui a raison dans l’histoire… même si, dire tout haut ce qui se dit (fait) tout bas d’ordinaire est tout à l’honneur de Daniel Schneidermann.

Notez que la pétition lancée pour le maintien de l’émission aurait quasiment recueilli 150 000 signatures.