Mort IRL et mort numérique : Du commerce de la mort numérique et Les rites mortuaires sur le net

Cet article est publié en 3 parties :

  1. La mort numérique volontaire et De la mort des notoriétés
  2. La mort d’un internaute
  3. Du commerce de la mort numérique et Les rites mortuaires sur le net…
Du commerce de la mort numérique

Le développement de l’identité numérique Post Mortem (INPM) entraîne l’apparition de nombreux services en ligne permettant à l’internaute de confier les mots de passe de ses divers comptes et les instructions qu’il souhaite voir transmises aux ayants droit après son décès.

Cette solution pose toutefois des problèmes de confidentialité, certaines plates-formes interdisant en effet dans leurs conditions générales toute transmission de mots de passe à des tiers comme il était indiqué dans le billet précédent : Mort IRL et mort numérique : La mort d’un internaute.

En voici quelques-uns :

  • Pour vous aider avant votre décès à transmettre, en payant, à vos héritiers vos codes d’accès ou autres informations personnelles, Legacy Locker, Asset Lock ou Deathswitch se sont lancé sur ce marché au niveau US notamment.
  • Après la mort propose de délivrer après votre mort à vos proches, amis ou ennemis, des messages d’amour ou de haine que vous leur aurez préparés et postés de votre vivant.
    Vous devez « pointer » régulièrement sur ce site au risque au 3e manquement… Aprèslamort vous considère comme décédé et vos messages post mortem seront délivrés aux destinataires avec l’avis de décès
  • Grâce à La vie d’après , vous pouvez léguer à vos proches vos identifiants et mots de passe de l’ensemble de vos comptes (Facebook, blog, banque…), déposer des documents de valeur (contrats d’assurance, actes notariés…), laisser des photos ou vidéos ou encore écrire un message à lire après votre trépas ! Trois mandataires sont conseillés pour avertir le site de votre mort et ainsi pouvoir partager les infos avec vos proches. Le tarif est d’environ 40 € par an.
  • Carnet de Vie d’Etherna Family Services offre la possibilité de révéler ses données les plus intimes de notre vie à l’heure de votre départ. Il suffit de choisir le ou les destinataires pour chacune des informations strictement privées que vous choisissez de consigner dans le carnet, vous vous assurez que chacun prendra connaissance de ces avec les mots que vous aurez choisis. Cependant, j’ai du mal à calculer le coût d’utilisation du service.
    Et entre le « testament » et le décès, il peut se passer du temps. Vos destinataires peuvent avoir changer de compte et donc d’adresses email, par exemple…
  • Le réseau social de la mémoire : mémoire des vies permet d’entretenir en ligne la mémoire de proches disparus, de décrire la vie du disparu dans un lieu de souvenir, d’échange et de partage avec des textes, des photos, des vidéos, des enregistrements sonores… Facebook, YouTube, Dailymotion, Twitter… sont de la « fête ».
    Mémoire des vies ratisse large puisque dans le titre de sa page : Mémoire des vies | hommage à un être cher lors d’un deuil avec Mémoire des vies | annuaire des professionnels du funéraire et des obsèques ! qui en fait plus par certains aspects le supermarché de la mort avec son annuaire des professionnels selon les régions !
  • Dans lecimetiere.net, les stèles s’usent au fil de l’année et les bougies fondent, les fleurs se fanent…
  • D’autres services comme ce nouveau service gratuit de publication d’avis de décès en temps-réel sur Internet, par email via Netcropole.

Reste peut-être aux états à réfléchir sur les solutions à mettre en place dans de telles situations notamment d’éclaircir au niveau juridique de la notion d’identité numérique, y compris avec après le trépas d’un individu.

Les rites mortuaires commencent à s’exprimer sur le net…

Lors de la préparation de cette série d’articles sur la vague funéraire du net, je me suis vite aperçu de la « sensibilité » du comportement et de réactions des uns et des autres au vu des rites mortuaires sur Internet. Risible, morbide, ou voyeur pour les uns ; nouvelle façon de rendre hommage, de « parler », de faire son deuil pour les autres ! Le débat de société est lancé !

En tout cas, il est clair que les utilisateurs du net s’emparent librement des symboles mortuaires et développent, sans le savoir le plus souvent, les rituels de demain

Dès mars 2005, des “commémorations mortuaires” étaient organisées dans le World of Warcraft pour un décédé. Mydeathspace recensait les utilisateurs de MySpace.com décédés avant de devenir une sorte de journal morbide ou non selon la personnalité du lecteur.

Les sites funéraires et les cimetières virtuels fleurissent désormais. En général, ils permettent de créer une page pour célébrer la mémoire d’un membre de sa famille, un ami, un chien ou une célébrité comme lecimetiere.net

Parfois, ce sont des blog, y compris et surtout sur Skyrock, comme Hommageojeune – un hommage pour tous les jeunes décédés !!!

Et là, de nouveau nous retrouvons les problématiques de l’article précédent : le défunt souhaitait-il cette «exposition», cet hommage est-il fait par la famille ou par des amis.

Le blog de Clélia, assassinée en février 2008, est animé désormais par sa mère pour nous «parler de la jeune femme adorable qu’elle était » est simple à analyser.

Que se passe-t-il en cas de désaccord de la famille ?  Lors de mes recherches, j’ai ainsi trouvé le site en hommage à une fille pour lequel à un moment la famille avait demandé à une amie de la disparue de suspendre l’animation du blog, puis quelques mois plus tard, autorisait de nouveau les publications !

Et quel jugement apporter sur les sites ou blogs au sujet des enfants morts-nés où l’on continue de leur souhaiter un anniversaire quelques années plus tard ?

Et puis, la notion de cimetière virtuel ne s’arrête pas à l’humain ! Les cimetières pour animaux ont également fait leur apparition : le cimetière animalier, le cimetière pour chien, etc. La requête «cimetière virtuel animaux» dans Google est explicite au niveau des résultats !

Les rites funéraires eux-mêmes commencent à arriver sur Internet. En Inde, la crémation se fait aussi en ligne depuis quelque temps. À quand en France ?

Et de nouveau le jeu (voir le 1er volet : Mort IRL et mort numérique : le post-mortem de l’identité numérique d’un défunt), avec Ils vont bientôt mourir «Jusqu’ici la mort des célébrités ne vous avait jamais rien apporté ? Et bien aujourd’hui, elle vous permettra de gagner des cadeaux.»
Second degré, j’espère, il est précisé : «Il est interdit de provoquer la mort d’une célébrité en vue de gagner un pari.»

Si vous le voulez, vous pouvez également mourir pour 20 jours afin d’expérimenter une vie virtuelle après la mort. Ce cimetière des libres-penseurs de 600 places est à votre disposition !

Et puis, nouveau rite funéraire pour certain(e)s, n’oubliez pas votre Porn Buddy si vous avez peur que votre famille découvre vos films XXX après votre décès? Le porn buddy est un ami proche dans la confidence qui a votre mort débarrassera la maison et l’ordinateur de toutes traces compromettantes avant que la famille ne fasse le tri.

Je me suis arrêté à ces aspects dans ma petite étude. Mais, on peut se poser encore différentes questions : l’influence de l’âge (du mort, de son entourage), du type de décès (mort par accident, suite à un crime, de sa belle mort…), du sexe (les hommes réagissent-ils de ma même manière que les femmes sur ce sujet), le niveau d’éducation, etc. Les réponses sont en suspend… Qui s’y collera ?

Pour aller plus loin :

Mise à jour :

On peut désormais créer son clone numérique pour laisser une trace après la mort (le 7 nov. 2010)

Un grand merci à ceux qui ont répondu à mon appel pour rédiger cet article sur Twitter ou dans Facebook 🙂

Le 14/2/2011 : Même pas mort dans ma deuxième vie numérique !

Cet article est publié en 3 parties :

  1. La mort numérique volontaire et De la mort des notoriétés
  2. La mort d’un internaute
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