Depuis l’origine des temps, l’identité numérique des internautes (description d’une personne physique ou morale sur Internet composée de données formelles : coordonnées… et informelles : commentaires, billets…) était relativement protégée… Peu d’informations circulaient sur les personnes sur le Net… et rares étaient ceux capables de trouver de telles informations.
L’évolution de l’identité numérique
Je me souviens des premières formations que je donnais concernant Internet et la question récurrente était : «y a-t-il un annuaire des adresses de courrier électronique au cas où l’on aurait perdu l’adresse de quelqu’un». La réponse était : «Non, si l’adresse est perdue, vous ne pouvez plus écrire à cette personne.»
Désormais, je ne peux plus faire la même réponse… Si l’on me posait la question, je serais tenté de dire : «Cela dépend des traces et des contributions sur Internet de cette personne, mais vous trouverez peut-être des informations sur cette personne qui vous permettront de trouver son adresse !». En cause, principalement mais pas seulement, les réseaux sociaux, les blogs et forums qui peuvent dévoiler vos données personnelles au grand public.
Y compris pour les personnes qui ne sont pas sur Internet. Je donne un exemple, j’ai appris en effectuant une recherche sur un ami des années 80 que je n’ai pas revu depuis qu’il est aujourd’hui délégué syndical dans une agence bancaire 🙂 Pourtant, je ne pense pas que cette personne laisse des traces elle-même sur Internet. En tout cas, je n’en ai pas trouvé et je ne pense pas qu’elle soit internaute.
Dans le même esprit, chaque année j’effectue une recherche pour savoir si l’une des fonctions qu’occupait mon père est présente sur le Net ! Cela ne manquera pas d’apparaître un jour !
Googler
Qui n’a pas essayé de voir sur quel genre de page il retrouvait untel ou untel ? C’était (c’est ?) un grand sport semble-t-il aux États-Unis de passer ses voisins au filtre de Google. C’est devenu un verbe d’ailleurs repris en français : Googler une personne.
Googler est courant dans la vie privée mais aussi professionnelle (employé, employeur, partenaire, sous-traitant, etc.). Reste à ne pas se tromper dans les homonymes.
Soucis d’homonymie
Je connais bien ce cas des homonymies ! Nous sommes de nombreux Éric Delcroix à travers le monde 🙂 Aussi, dans la première page de résultats chez Google, à la recherche Éric Delcroix : je ne suis pas l’avocat ni le révisionniste. L’autre Éric Delcroix est en effet avocat révisionniste proche du Front National ! Ce serait bien qu’un jour d’ailleurs que quelqu’un pense à faire une fiche sur Wikipédia à mon sujet 😉
Régulièrement, je reçois des messages électroniques à destination de cet autre Éric Delcroix … 🙁
Une fausse protection
Pas grave, j’ai mon pseudo, mon avatar qui me protège pensent certains. D’autres multiplient les adresses de courrier électronique. Pas si sûr que cela protège. Ce ne sont pas des panacées. J’en veux pour preuve les erreurs d’utilisation d’adresse de courrier électronique.
Ainsi, mieux vaut éviter, pour envoyer un message à une flopé de personnes dans une sphère professionnelle, d’employer l’adresse qui permet ses frasques sexuelles orientées SM. Si, si, nous (une vingtaine de personnes) ont reçu un jour un message d’une personnalité «importante» dans le contexte qui c’était trompée d’adresse. Combien sommes-nous à savoir ce que cache cette adresse ? Je suppose deux en plus de l’intéressée. 🙂
Idem pour les pseudos. Il m’est déjà arrivé d’utiliser devant un public un pseudo pour me logger par exemple à un compte de messagerie que je ne souhaitais pas divulguer auprès de ces personnes. Combien l’ont noté ? Je n’en sais rien… Pas grand monde semble-t-il car l’erreur a été commise voici plus de 4 ans sans avoir d’écho depuis.
Toutefois, j’émets des réserves sur cette conclusion car dans le cas précédent (la personne à l’adresse électronique), je n’en ai jamais fait mention à la personne concernée… mais lorsque je la rencontre, mon jugement dans certains cas pourrait être influencé 🙂
Autre détail qui tue, les tics d’écritures (les tics de langage transposés à l’écrit) et les tics typographiques (par exemple, l’oubli fréquent de la majuscule initiale en tête de paragraphe)… permettent de reconnaître parfois l’auteur des propos…
Pourtant c’est quelquefois très utile de posséder plusieurs adresses de courrier, plusieurs pseudos… 🙂
Gérer son identité numérique
Faut-il pour autant ne plus laisser de traces, de messages, d’écrits, de photos, de vidéos, etc. ? On peut se poser la question. J’y réponds de suite : continuez à écrire, à mettre des images… car d’autres écriront sur vous, à votre place. Il est parfois difficile de modifier ce que les autres ont dit, d’autant plus que le pouvoir de la rumeur est extrêmement fort sur Internet. Mais sachez que l’on peut un jour retourner contre vous vos propos polémiques, on peut employer les données trouvées pour vous nuire, on peut vous demander des explications sur certains points de votre vie en certaines circonstances… Peut-être que votre « identité numérique » expliquera pourquoi vous n’avez pas obtenu ce job que vous convoitiez, etc.
Il nous faut désormais apprendre à gérer notre identité numérique sur Internet ! En effet, si vous ne possédez pas d’identité numérique, c’est comme si vous n’existiez pas sur le Net !
Je transformerais ce que dit Stéphane Hugon, sociologue et responsable du Gretech (Groupe de Recherche sur les Technologies et le Quotidien) au sujet du social networking pour l’identité numérique (Comment les réseaux sociaux changent la vie) : Considérez que sur internet comme dans la vie, on n’existe pas comme individu, mais comme potentiel de sociabilité, comme connexion. Et pour cela il faut savoir qui est l’autre. Rôle de l’identité numérique.
L’avenir
La solution d’avenir n’est-elle pas ce que pratique déjà Guillaume Frat sur son blog, en affichant clairement une rubrique identité numérique. Reste à choisir la bonne si vous en possédez plusieurs 😉 Je mets moi aussi en ligne une rubrique identité numérique dans la bande de gauche de ce blog !
De même, cette solution pourrait corriger les innombrables «compétences» attribuées rapidement aux personnes virtuelles que l’on connait. Les erreurs de jugement sont faciles, mais humaines 🙂
FredCavazza dans Qu’est-ce que l’identité numérique ? liste les différentes facettes de l’identité numérique et les applications reliées (ce qui est bien utile) : coordonnées, certificats, contenus publiés à partir d’outils d’expression, contenus partagés à l’aide d’outils de publication, avis sur des produits, hobbies qui sont partagés, habitudes de consommation, connaissance diffusée, réseaux sociaux, services qui gèrent la notoriété d’un individu, services de rencontre, jeux en ligne, univers virtuels, avatars en ligne…
Autre forme. Un site dédié à cet identité numériqe. Ziki, par exemple, en a fait son cheval de bataille cherchant à regrouper toutes les informations sur votre identité numérique.
Gérer son identité numérique, cela veut dire également surveiller les traces dispersées afin de maîtriser son image numérique et l’utilisation de ces informations. Pas simple !
Devrons-nous confier ce travail à des entreprises comme web réputation ? Je vous laisse juge. Elles ne peuvent rien contre les archives du web par exemple et rien sur votre « travail » en amont. Quizz de Google et consort qui possèdent une manne considérable d’informations en tout genre vous concernant ! Big Brother n’est pas loin !
De par mon éducation, mon passé, mon tempérament… je serais plutôt du genre à tenter de gérer moi-même ma propre image numérique et de dire : «Connaissons les dangers qui nous guette, soyons en conscient, laissons nos traces en le sachant, soyons francs et honnêtes, assumons ce que nous disons et faisons et reconnaissons nos erreurs.»
Pour le futur, c’est aussi le rôle de l’éducation à Internet. Apprenons enfin à nous servir d’Internet. Je ne suis pas persuadé que les jeunes qui sortent de l’école (ou même pendant leurs années d’études) soient mieux lotis que les personnes d’un certain âge qui ont appris sur le tas, mais c’est un autre débat. Non, pensons dès à présent aux générations futures et posons nous la question (qui me tient à coeur) du B2I, la formation internet de nos enfants.
Identification et identifiant
Identité numérique évoque évidemment identification. Aussi, comment être certain par exemple qu’un texte proposé est bien de telle personne ? Vérifier la source d’information, le propriétaire de cette source, la date de publication, etc. est un réflexe que tout internaute devrait avoir acquis et que les générations futures devront apprendre, comme on nous a appris dans notre jeunesse que la lecture du journal s’effectuait en fonction des lignes éditoriales de chacun d’eux.
La solution, et je suis certain que vous n’arrêter pas de râler à son sujet : les mots de passes associés à l’identifiant que vous devez saisir dans les forums par exemple…
Pourquoi ce système d’identités numériques couplé à une authentification ? Rien n’existe aujourd’hui pour identifier formellement un « auteur », un « participant », etc. Seul le couple identités numériques – authentification permettra de créer un lien entre le monde réel et le monde virtuel.
Nous devrons donc gérer la liste des couples identifiants/mots de passe correspondant à nos différentes vies, un peu comme OpenID commence à le mettre en place et avoir de plus en plus recours à des solutions du type Clipperz.
Enjeux majeurs des prochaines années à n’en pas douter, l’identité numérique est considérée par certain comme une nouvelle révolution ! Par exemple, la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) ne s’y est pas trompé et possède un groupe de travail sur le sujet depuis 2005.
Autres exemples de problèmes d’identité numérique ou d’image numérique que j’ai rencontré
- Un universitaire était ennuyé, il y a quelques années car sa participation à un congrès scientifique devait être annulé. Une recherche rapide permit de savoir que ce n’était pas tant l’absence au congrès scientifique qui dérangeait cet universitaire mais plutôt son absence à un congrès politique à la même période dans la même ville 🙂 Les informations ont été obtenues suite à une recherche sur son adresse mail.
- Une personne du monde de l’Industrie, très proche des milieux politiques Européens (mariée, ayant 2-3 enfants). Cette personne possède plusieurs sites (des blogs entre autres) en plusieurs langues dont elle se sert vraisemblablement pour attirer la gente du sexe opposé… en publiant des poèmes (pas folichon, et pleins de fautes dans certaines langues), des textes soi-disant érotiques… La «double vie» de cette personne a été mise à nu car il avait juste confié l’adresse d’un ou deux de ces blogs softs… Facile à partir de là de rechercher qui citait ces sites, de lire les messages que laissait l’internaute en question et de récupérer les adresses de courrier électronique pour compléter le tableau… Surprenant d’ailleurs que depuis le mois de juin, il ne publie plus rien :-(( Mais ces écrits précédents reste. Espérons que les concurrents ou les pays étrangers ne connaîtront jamais ses pages, sinon, attention le chantage.
Mise à jour le 22 octobre : J’ajoute l’article d’InternetActu.net Personnalisation sans identification
Merci pour cet article qui apporte beaucoup de précision sur ce phénomène.
Dans une petite ville de campagne tout ce sait. La proximité, l’environnement clos et la curiosité naturelle sont certainement les principaux facteurs pour expliquer cela. Sur internet, nous retrouvons les mêmes facteurs, et oui tout ce sait ! Nous sommes bien loin de l’époque où beaucoup pensaient être anonyme sur internet… Pour ce qui souhaitent le rester, il est toujours possible d’utiliser un pseudo et un email ne mentionnant ni son nom, ni son prénom ni même le nom de sa société.
La différence entre identité numérique et identité virtuelle est en effet très forte. La première lie notre vie réelle à notre activité sur le web, la seconde permet d’agir sur le web sans impacter notre vie réelle !
Bonjour,
Que pensez-vous du Todeka Project de Charles Nouÿrit ?
Je ne connais pas le Todeka Project … pouvez-vous nous expliquez dans les grandes lignes les avantages issus de ce projet ?
Merci !
Je tente une réponse… Je pensais que Karine Papillaud allait répondre 🙁
Le Todeka Project est un projet français : une plate-forme de gestion de l’identité numérique sur internet.
Cela prendra la forme d’une page web sécrurisé et partageable (un peu comme Ziki mais certifié), compatible OpenID, qui listera l’ensemble des sites web, des réseaux sociaux, des blogs, des coordonnées, des photos et vidéos et tous les services numériques qu’une personne emploie et certifie l’identité du possesseur de la page.
techcrunch définie assez bien ce que l’on sait du projet.
Pour ce que j’en pense, il m’est difficile d’en juger car le Todeka Project est toujours à l’état de projet me semble t-il et la page d’acceuil demande toujours une adresse mail pour un savoir un peu plus sur le projet et par habitude, je ne parle que de produits existents.
L’identité numérique a des implications importantes sur les recrutements. Pour découvrir comment les chasseurs de têtes utilisent l’empreinte web des candidats, je vous suggère d’aller voir un article très intéressant du cabinet de recrutement 1001Talents :
http://www.1001talents.com/spip.php?article92&lang=fr
Ce blog est en effet bourré d’articles intéressants … même pour ceux qui sponsorisent les rencontres en lignes sur rencontre-gratuite.tv comme Voyance 🙂
Pour compléter ce document sur l’identité numérique, je vous invite à lire identité numérique et identité génétique, un article présentant comment l’identité génétique se retrouve numérisée et l’enjeu qui se cache peut-être derrière ce progrès scientifique.
Votre blog est super on y trouve vraiment de très bon articles je vais continuer de l’explorer dessuite merci beaucoup.