formation continue, enseignement, e-learning… bref, l'apprentissage

Je voudrais donner une suite à ma question : Avis mortuaire sur le e-learning ? pour plusieurs raisons :

  • le débat a rebondi fin novembre sur les blogs d’origine (celui de Xavier et de Thierry, au passage au fil du temps, il continue de nous expliquer sa théorie de l’enseignement mobile)
  • La Ministre de l’Enseignement supérieur a cru bon d’inviter des « bloggers influents » pour parler des TIC « de manière informelle » (Chapeau bas Messieurs les bloggers) dont j’ai l’impression qu’il n’est pas sorti grand chose à la lecture des comptes-rendus…
  • La remarque dans la longue série de commentaires au sujet du blocage de Lille 3 (message 532. Le jeudi 6 décembre 2007 à 04:56)
  • Et surtout, depuis, j’ai réfléchi… notamment au commentaire de Xavier qui disait que je me concentrais sur le e-learning en milieu scolaire 🙂

Thierry a été le plus prolifique sur la question. Normal, c’est lui qui avait lancé le débat 🙂 Au passage, notez que Speechi a effectivement présenté lors d’Educatic une « mallette d’enseignement nomade » qui sera disponible vers le 15 janvier, mais Olivier lui tient la dragée haute dans les commentaires 🙂

La loi de Klein

On peut résumer la loi de Klein 😉 : plus le support de l’information est léger, petit, lisible, transportable, copiable, partageable, bref, plus le support est nomade, plus l’information et le savoir se répandent. L’exception de Klein 😉 nous apprends que l’hyper-réduction de l’information n’est plus aussi accessible ou lisible par l’être humain et il est complexe de repérer la « bonne » information, l’information utile. Thierry illustre sa loi et son exception par l’exemple de l’Ebook.

L’ebook

J’ajouterai juste à la description de Thierry que les Ebooks exploseront également le jour où l’on arrêtera de considérer l’Ebook comme un simple document au mieux mis en page et exporté à la va comme je te pousse en PDF. Ebook aura toute sa valeur lorsqu’il sera conçu réellement comme un Ebook et qu’il tirera profit de l’ensemble des technologies disponibles…

Je suis toujours surpris dans les formations Acrobat que je donne du manque d’imagination des participants à ce sujet ! Depuis longtemps je professe des formations Acrobat ou PDF pour le marketing, également envisageable pour le e-learning, sans grand succès !

Vers la définition de la formation

Pour Thierry, former quelqu’un (ou un groupe) revient à lui donner de l’information et à vérifier qu’elle a été bien comprise. Cette définition m’évoque un peu trop le schéma de la communication, proche de celui de Jakobson. En simplifiant, J’émets un message vers un récepteur qui me renvoie un feed-back. D’ailleurs, cela correspond à la Loi de Klein, puisqu’il y parle d’information.

Je ne pense pas que le fait d’informer soit suffisant pour définir la formation. Donner connaissance de quelque chose à quelqu’un fait partie du travail de formation, effectivement. Toutefois, la dimension de l’apprentissage disparaît : le but de la formation dans un sens large (depuis la maternelle jusqu’aux études supérieures en passant par la formation continue) est aussi d’apprendre quelque chose à quelqu’un, parfois simplement l’habituer, lui faire découvrir de nouveaux horizons, lui donner une éducation, etc.
Bref lui permettre d’acquérir et de développer ses capacités intellectuelles, morales ou manuelles, entre autres par un apprentissage approprié.

Selon les théories Delcroiziennes (Thierry crée bien sa propre loi 😉 la formation consisterait au sein d’une relation privilégie à développer les capacités intellectuelles, morales ou manuelles d’apprenants au travers d’un apprentissage approprié dans le but de leur apprendre ce dont ils ont besoin pour évoluer.

Je suis assez content de ma définition 🙂 On y retrouve le rapport enseignant (formateur)/éléve (stagiaire), cela concerne les groupes (classes et petits groupes) et l’individu…

TIC et e-learning

Cette définition me permet de rebondir sur les commentaires d’Olivier.
En effet, la transmission du savoir repose sur la qualité du formateur pas sur celle des outils, dont font partie le e-learning, les TIC ou NTIC… Et autre question en corollaire, le e-learning et les TIC tel que l’on l’entend d’une manière générale sont-ils adaptés à tous les types d’enseignements, à toutes les formations, à tous les apprenants ? C’est aussi à l’enseignant (formateur) à choisir ses outils ou à moduler leur emploi en fonction de ou des apprenants.

Olivier précise dans un de ces commentaires que certains abandonne le e-learning car ils n’ont pas su en tirer profit. Effectivement. Mais reconnaissons à leur décharge que pas grand monde que seulement quelques spécialistes (je parle des vrais, j’y reviendrais plus loin) savent utiliser et expliquer comment employer le elearning…

N’est-ce pas avant tout un problème de formation des « enseignants » ? de formations de nos enfants (je sais, je rabâche avec le B2i, mais il me semble complètement inadapté) ? D’une adaptation des moyens ? D’une remise en cause des enseignants et des formateurs, de leur démarche pédagogique ?

Des exemples

Dans les commentaires sur la grève de Lille 3, une étudiante me pose la question : pourquoi les enseignants n’utilisent pas Mooddle pour nous fournir des documents (au passage, on remarque que les étudiants demandent juste des PDF) et ne répondent pas aux e-mails ? Pourquoi selon vous ? J’ai répondu dans un commentaire suivant.

Autres exemples. Avec les étudiants d’IDEMM, nous avons deux projets d’années. Le premier vient de se terminer. Je leur laisse décembre pour le compléter et nous embrayerons sur le second en janvier. Dans le premier projet, ils ont pu créer et manipuler un blog, un wiki, approcher Facebook, Viadeo, Second Life… Dans le second, ils devront peut-être créer un CMS (ou un blog encore), peut-être du elearning et toute la gestion du projet devrait se faire sur Facebook.

Pourquoi cela est-il possible ? Je vous donne la réponse : parce que je connais ces environnements (enfin Second Life :-(( Cela fait une dizaine d’années que je suis sur Internet, que j’explore régulièrement les différents domaines d’activités qui m’intéressent… J’ai un vécu et une vision de ce qui se passe sur le net, sur ce que l’on peut faire et comment… Je peux donc donner l’impulsion, comme le fait également par exemple Adrien (Vieux briscard de l’informatique lui aussi).

TIC et e-learning, une affaire de spécialistes

Qu’est ce que cela signifie ? N’ayons pas peur des mots. Nous faisons partie d’une élite qui connaît l’informatique, Internet… Pour nous, faire de la formation à distance, cela paraît évident. Nous sommes régulièrement « dedans » même à l’époque où Internet n’existait pas, nous assurions déjà des « formations » par téléphone (cela continue d’ailleurs aujourd’hui). Les nouveaux outils n’ont pas de mystères pour nous (enfin, on le fait croire :-), nous avons des idées d’utilisations, nous savons employer elearning et TIC dans notre démarche pédagogique… Mais en réalité, combien sommes-nous ?

Très, très peu nombreux. Quand je vois que dans certaines universités, il est proposé en décembre 2007 des formations de 3 h au traitement de texte pour créer de façon automatisée une table de matière, utiliser le mode plan et transformer un fichier aux formats RTF, HTML et PDF : les styles dans un traitement de texte, quand je constate le faible niveau de connaissance des enseignants en école maternelle et primaire des professeurs des écoles (je n’ai pas encore pu juger des derniers sortis de l’IUFM mais ce n’est pas seulement une question d’âge et de formation), quand, lors d’une réunion de présentation de collège, on nous parle de l’ouverture d’une classe pupitre où les enseignants vont être « rapidement » formés mais que la maintenance sera assurée par un enseignant (cela me promet quelques montés d’adrénaline si l’une de mes filles se trouve dans cette classe pupitre), si je regarde autour de moi, la faible pour ne pas dire nulle, implication des formateurs à ces outils…

Pourtant, je reste persuadé que les enseignants font des TIC et du elearning sans s’en apercevoir, sans que nous le sachions…

Quand je regarde les devoirs et leçons des filles, je ne compte pas le nombre de pages issues d’Internet (par contre, je ferme les yeux sur les droits d’auteurs, toujours une histoire de formation). Seulement, ces enseignants font des TIC et du e-learning d’une autre façon que nous ou pour être plus exact comme nous faisions il y a 5 ans environ… Il découvre que la qualité de la relation dans le elearning et au moyen des TIC est différente qu’en présentiel (pas meilleure, ni pire).

On pourrait segmenter d’ailleurs ses enseignants (formateurs). Les pourcentages n’ont rien de scientifique, seulement une impression :

  • réfractaire à l’informatique et donc aux TIC et au e-elearning – 7 %
  • ceux qui voudraient bien mais qui ne savent pas utiliser les outils, ils n’ont jamais appris (y compris l’usage de l’ordinateur) – 7 %
  • ceux qui possèdent un ordinateur à la maison et qui l’emploient pour préparer ou non leur cours – 15 %
  • ceux qui utilisent l’informatique domestique pour faire des TIC et du elearning – 35 %
  • ceux qui utilisent les TIC et/ou le elearning mis à leur disposition avec leur groupe d’apprenants sans « trop se creuser » 15
  • ceux qui utilisent les TIC et/ou le elearning et qui cherchent à aller plus loin (qui l’intègre dans leur démarche pédagogique, qui font avec les outils dont ils disposent, qui cherchent d’autres outils…) – 5 %
  • ceux qui ont une vision plus large des TIC et/ou du elearning (moins de 1 %)

Des pseudos spécialistes du elearning

Plus haut dans ce billet, je parlais des vrais que j’oppose aux faux spécialistes. Quoi de mieux qu’une anecdote révélatrice. Un appel d’offre avait été lancé par une société du coin (une grosse :-). Assez copain avec pas mal de centres de formation du secteur géographique, j’ai été abasourdi.

Presque tous avait « pondu » une réponse ! Si, si, j’vous jure. Mais, la plupart n’avaient jamais fait de elearning 🙂 Pas un de leur membre ne connaît un iota dans le domaine. Je me suis toujours demandé où ils avaient « pompé » leur solution. Je me suis amusé à placer quelques termes techniques dans mes discussions de l’époque : grain, classe virtuelle… C’était évident qu’ils ne savaient pas de quoi je parlais.

Quand enfin je leur posais la question, la réponse était quasi invariable (j’exagère à peine) : «cela ne marche pas le elearning de toute façon, donc les mecs, ils vont se connecter une ou deux fois et puis c’est tout». Le pire a été un centre qui avait l’entreprise comme client en présentiel, qui n’a pas emporté l’appel d’offre et qui a ajouté : «ouais, j’comprends pas que ce soit untel qui a remporté le dossier. Et tu as vu le budget… »

Le Untel, je le connaissais évidemment. C’était un centre national qui possède une délégation dans la région et qui possédait un pseudo département d’enseignement en elearning 🙁

C’est vrai que nous ne sommes pas nombreux. Pour le gag, aucun n’avait fait appel à moi, puisque aucun ne lit mon blog et ne consulte mon site, car ils possèdent déjà tous ma fiche des compétences 🙁 je ne dis pas que j’aurais été meilleurs qu’eux, juste que j’aurais pu apporter une autre vision 😉

Notre rôle

On peut effectivement réfléchir sur notre fonction et notre rôle, nous spécialistes des TIC et du elearning. Est ce que nous ne favorisons pas l’agrandissement du fossé entre les différentes catégories d’utilisateurs. Je me pose de plus en plus fréquemment la question, pas seulement dans ces domaines d’ailleurs mais ils sont tous liés, si nous ne devrions pas revenir plus fréquemment sur les « basiques ».

Quand je dis basique, je parle de vraies bases… Mettre en place des formations, des sites, des billets, intégrer des revues et des journaux papier pour expliquer en termes simples le B A BA de l’Internet, peut-être même de l’informatique et des avantages en réexpliquant le pourquoi du comment, de différentes solutions de base.

Expliquer que l’on peut travailler de manière collaborative sur un outil de traitement de texte… cela veut dire que l’on sache manipuler un traitement de texte ! Partir sur un wiki, c’est bien joli, mais, nous en connaissons les usages, les avantages et les limites, pas le « néophyte ».

Regardez Facebook, exemple au hasard, non ! Mon assistante qui prépare un BTS en secrétariat de direction présentait, il y a peu une « APE ». Dans ce cadre, elle décrit différents blogs et sites qui m’appartiennent. La première réaction de son jury : cela ne dilue pas l’information ? Puis elle parle de ma présence sur Facebook. Un des deux membres du jury n’avait jamais entendu parler de Facebook.

Mon assistante était elle- surprise de cet état et me dit :«pourtant, on en parle partout.» Oui, effectivement, on en parle partout. Nous le remarquons car nous sommes confrontés quotidiennement à notre environnement informatique, c’est ce qui nous fait vivre ! Par contre, ce n’est pas le cas de ces deux personnes du jury qui font leur travail dans leur domaine au jour le jour !

C’est aussi notre rôle de ramener ses « brebis égarées » dans le droit chemin… À nous de leur expliquer TIC, elearning, FOAD… Je m’attends à avoir comme réponse : «Mais, ils peuvent facilement se renseigner si ils veulent, y’a Internet pour cela». Non, c’est faux. Les recherches de ce type ne les concernent pas. L’information est beaucoup trop disparate pour eux, ils ne savent pas utiliser Google comme nous le faisons…

Mettez vous à la place deux seconde d’un enseignant qui voudrait découvrir ce qu’il peut faire de manière simple avec les TIC. Il va saisir exercices simples en TIC et ne trouvera rien qui l’éclairera mis à part qu’il a besoin d’aide, que cela fonctionne sur PC…

Même avec les formateurs dans le domaine de l’informatique le problème existe. Ils font leur boulot. Ils sont super spécialistes dans leur domaine de compétence. Évidemment, si leur domaine est l’informatique ou le web, il y a une chance pour que cette personne soit plus sensible à nos arguments, car lui non plus ne comprend pas certaines décisions, certains comportements. Mais dans l’ensemble, grosso modo la réaction sera : «oui, mais qu’est ce que cela m’apporte ?» Ne vous lancez surtout pas dans de grandes théories sur l’apprenant et tutti quanti. Il n’en a que faire. Il attend vos informations sur ce que lui apporteront ces nouveautés au niveau du portefeuille 🙁

Cela n’empêche en rien que nous réfléchissions d’autres part à des solutions d’avenir, mais ne nous séparons pas de la base.

Et les tuteurs dans tout cela

Le grand oublié de nos discours est le tuteur. Jusqu’ici on parle d’apprenant, d’enseignants ou de formateur, mais on semble oublier également le rôle du tuteur… Ont-ils encore une place précise dans le e-learning, pardon la FOAD ? Plus que jamais. Mais, le métier de tuteur n’est-il pas un métier mort-né ? Je n’affirme rien, je pose juste la question. Si je poursuis mon raisonnement de l’enseignant qui fait des TIC et du e-learning sans le savoir, il remplit également un rôle de tuteur. Ce rôle de fait lui reviendrait naturellement… Je lance le débat.

La suite dans quelques jours car j’avais prévu de parler de quelques liens :-((

3 comments for “formation continue, enseignement, e-learning… bref, l'apprentissage

  1. 11 décembre 2007 at 8 h 31 min

    Bonjour Eric ;=)

    Je me retrouve bien dans ces définitions : la place de l’individu est bien au coeur du dispositif pédagogique.

    Dans la partie « notre rôle », tu rappelles l’importance de démystifier les NTIC et de ne pas creuser le fossé entres les différentes catégories d’utilisateurs. C’est effectivement notre rôle … ou plutôt notre devoir !

    Pour l’exemple, j’ai récemment proposé un outil web à une association. L’objectif est de modifier le mode de communication des membres. L’outil est très simple d’utilisation est semble pouvoir être adopté par tous. Ne leur dites jamais que c’est un blog : ils auraient peur et la solution tomberai à l’eau. Et oui, ce fossé n’est pas que technique : il y a souvent beaucoup d’appréhension … un peu comme la première fois que l’on doit voyager dans un pays étranger.

    Merci pour cette mise au point. J’ajouterai un seul complément à ton billet … si la formation est souvent la conséquence d’une conduite du changement, la formation elearning en réclame une réelle. Mettre en place une solution de formation à distance sans l’accompagner n’est pas viable.

  2. 23 janvier 2008 at 10 h 00 min

    je suis rassuré : tu remets bien l’apprenant et le tuteur au coeur du dispositif 😉

    J’ai promis un billet pour approfondir la notion mobilité/distance de mon billet que tu cites plus haut. J’y travaille entre deux boulots…

  3. 13 septembre 2009 at 9 h 00 min

    Trackback « Nomadisme et mobile learning, à qui s’adresse ce dispositif de formation ? »:

    Cependant le m-learning ne se suffit pas à lui seul, il est intéressant si il complète un dispositif existant et est utilisé comme ressource supplémentaire dans un parcours pédagogique établit et accompagné par un pédagogue. En effet, le rapid’learning engendre une profusion de contenu et devant la masse d’information, l’apprenant peut être complètement paumé voire affolé ! Cependant mettre à disposition des vidéos après une formation présentielle ne suffit pas pour parler de blended learning. Le m-mobile doit donc être encadré par des pédagogues pour en évaluer l’efficacité, et conseiller les apprenants 🙂

    Je suis persuadé que ce type de contenu a bien des applications dans le monde de l’entreprise comme dans celui de l’éducation. En effet, le public jeune ne vit pas la distance comme un frein !

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