Collaboratif ne veut pas dire sans chef

Depuis l’avènement du Web 2.0, il est de bon ton de parler de collaboratif, de travail en équipe, de travailler en groupe, etc. S’il est indéniable que cela apporte de nombreuses satisfactions, que cette manière de fonctionner outre l’émulation permet d’ouvrir des possibilités insoupçonnées, je reste souvent dubitatif sur sa mise en place !

Je me suis fait cette réflexion suite à la lecture de différents articles (Vous savez ceux où tout est beau dans le meilleur des mondes, donc dans un monde où tout les individus sont égaux et où d’un coup de baguette magique tout fonctionne…. sur le papier !). Mais, encore plus, c’est une discussion avec mes générations Z qui sont toujours scolarisées qui évoquaient leur travail de groupe.

Du travail collaboratif à l’école

Commençons donc par la dure réalité du terrain de l’école. J’ai noté depuis longtemps maintenant l’attrait grandissant pour les travaux de groupe ou en équipe de la part des instituteurs des professeurs des écoles et des enseignants du secondaire ou du supérieur !

C’est un bon point (ou alors une bonne intention, allez savoir), désormais les élèves travaillent en équipe. De mon temps, cela n’arrivait jamais ! On était constamment seul (d’ailleurs, j’y reviendrai peut-être un peu plus loin sur les conséquences actuelles !

Donc, ma progéniture m’explique qu’effectivement, elles travaillent « souvent » en groupe de travail ! Mais, vous imaginez bien qu’il y allait y avoir un mais…. Mais, donc, personne ne leur a expliquer comment en travaillait en groupe. Oui, selon moi cela s’apprend…

La force de caractère des uns et des autres prend vite le pouvoir. Les « grandes gueules » sont ceux qui impulsent la direction et la qualité du travail… Ce ne sont peut-être pas les plus aptes dans le domaine.

Résultat, très souvent, ce n’est pas un travail d’équipe qui est rendu, mais le travail d’une personne, voir de 2 si le groupe est important ! Il(s) fait(font) le boulot à la place des autres. Le collaboratif ne devrait pas être l’arbre qui cache la forêt comme c’est trop souvent le cas !

D’expérience, je sais pour en avoir eu l’expérience comme enseignant que parfois on remarque le travail des uns et des autres, et, certains d’entre nous (la plupart) ne réagissent pas.

Il est urgent d’apprendre aux élèves (ou dans le monde de l’entreprise) ce qu’est un groupe de personnes, comment ils fonctionnent… Un peu de psychologie sociale pour comprendre qu’il peut exister des contestataires nés, des personnes qui seront toujours d’accord, celles qui suivront, celles qui suivent l’argumentation des uns et des autres pour choisir celui qui a la meilleure idée…

J’ai le souvenir d’un exercice que nous avions pratiqué en école de commerce lors de mes études… un débat sur un problème avec 2 solutions opposées mais aucune n’était fausse ! C’était édifiant sur les rapports dans le groupe !

Un responsable de groupe de collaboration

Mais, pourtant, à mon sens, il serait déjà simple d’appliquer une formule de base : désigner un responsable de l’équipe ! À lui de gérer les conflits internes au groupe. C’est une lourde responsabilité. Je sais. Mais, elle a le mérite de pouvoir s’adresse comme prof., comme supérieur hiérarchique un responsable à qui s’adresser pour savoir où en est le travail, comment les uns et les autres avances…

J’ai pratiqué cela à l’Université dans le cadre de projets tutorés ! Je nommais un responsable de projet et à lui de coordonner l’ensemble ! On me l’a reproché parfois (pas les étudiants curieusement) car, et j’en étais conscient, ce travail est « lourd », important dotant plus que le ou la responsable devait structurer et articuler le travail avec l’ensemble de la classe (une quinzaine de personnes).

Les années où nous avons mis en place ce système, nous avons obtenu de bons résultats (voir de très bons résultats au final). Les années où cela n’était pas organisé (Je n’ai pas toujours pu le faire, mais je ne m’étendrais pas sur les raisons 😉 Y avait-il un lien de cause à effet ? Je le pense !

En amont, je préparais rapidement les « responsables » à leur travail et j’avais l’honnêteté de les prévenir que ce ne serait pas de tout repos pour eux 😉 D’ailleurs, plus d’une fois, j’ai reçu des appels « au secours » pour leur venir en aide. Mais c’était aussi mon rôle !

Un responsable ne veut pas dire une unité obligatoirement. Il est tout à fait possible de diviser l’équipe de travail en 2, et donc avec 2 responsables, afin de voir quelle est la meilleure solution (je pense notamment à des méthodes de travail différentes ou des approches différentes). La collaboratif ne doit pas être un moyen de freiner la créativité qui manque tant en général !

Donc, oui, un chef est nécessaire… Les chefs de projets ont une raison d’être même à petite échelle !

Dernièrement, dans le monde professionnel, j’ai eu connaissance d’un projet un peu flou. La personne à l’initiative de ce projet semblait hésiter à en prendre la direction ! Les premiers résultats sont édifiants pour moi ! Le flou est devenu que chacun y voit le projet qu’il a envie, chacun essaye de tirer la couverture à soi… Je me demande comment le créateur va réussir à revenir à son idée de base ! Je prends le pari qu’il abandonne son projet !

De l’importance de la taille du groupe de travail et des responsabilités de chacun

Oui, nous nous vantons tous de faire du collaboratif, mais, je ne sais pas si vous avez remarqué que la taille de l’équipe à une importance 😉 Je vais prendre 2 exemples que je connais bien : Blog en Nord pour le premier et les Journées du Contenu Web pour le second.

À une époque, pour Blog en Nord, jugeant la charge de travail qui m’incombait trop importante, j’avais voulu ouvrir la structure (Dans la pratique, Blog en Nord est toujours une seule personne, moi 😉 même si j’ai vu apparaitre un groupe dans Facebook qui porte ce nom, avec une fille comme administratrice… Oups…

Bref, j’ai donc voulu ouvrir Blog en Nord me disant que ce que l’on ferait à plusieurs serait plus intéressant que ce que je ferais seul ! Mais, et c’est là l’une des limites, j’ai vu débouler des agences de communication qui voulaient surtout récupérer le nom à l’époque ! Évidemment, ce n’était pas mon but… et ce comportement m’a tellement écoeuré que depuis, j’ai continué seul 😉

Les journées du contenu web sont-ce qu’elles sont certainement par la légèreté de la structure ! Mis à part Nicolas Malo et Yann Kervarec avec qui je « travaille » sur le projet, il n’y a personne d’autre. Les décisions sont rapides à prendre et nous pouvons facilement discuter, nous opposer… l’un à l’autre…

Cependant, nous faisons un peu dans le collaboratif, mais pas sous la forme dont on l’entend régulièrement. Nous sommes constamment à la recherche d’idées, etc. Le groupe Facebook ainsi que l’écoute des participants pendant les 2 jours est énormément pris en compte….

Toutefois, les choix finaux sont toujours de ma responsabilité… Cela changera peut-être le jour où je passerai la main 😉

Cela m’amène à une autre remarque, travailler en groupe veut aussi dire prendre ses responsabilités. Ce n’est pas dire : «C’est le groupe qui a pensé cela» ou pire «C’est la faute au groupe». Autant le travail d’équipe peut être valorisant, enrichissant, créatif… autant cela peut-être un moyen de se rassurer parfois ou un moyen de masquer son incompétence, il faut le reconnaître (si, si, j’ai connu des personnes qui l’étaient, incompétentes, qui jouaient très bien ce rôle de participant à des groupes de travail et parfois s’en attribuaient les honneurs 🙂

Confusion entre partage et collaboratif ?

C’est là que j’en revient à mon aparté de tout à l’heure lorsque j’évoquais mes études où nous étions constamment seuls. Aussi, lorsque je me suis installé en travailleur indépendant, jamais il ne m’est venu à l’esprit de travailler dans un centre de co-working ou autres (on dit des tiers lieux désormais, c’est cela ?). Cela n’existait même pas dans les années 80.

Attention, je précise dès maintenant que je n’ai rien contre ces tiers lieux 😉 Au contraire.. Ce sont juste des remarques de ma part sur le sujet 😉

Peut-être que le fait d’avoir appris à travailler en solitaire pendant mes années d’études à fait que la solitude du travailleur indépendant ne m’a jamais ennuyé ! Pourtant, dès mes débuts professionnels, j’ai toujours cherché à « collaborer » d’une façon ou d’une autre avec des personnes de mon entourage, souvent en très petits effectifs 😉

L’arrivée du web 2.0 et de ces possibilités de découvertes et d’échanges m’a comblé de ce point de vue…. Mais je n’ai toujours pas l’instinct grégaire de rejoindre un lieu spécifique pour travailler, pour échanger à longueur d’année, pour confronter mes idées ! Je crois que pour beaucoup de monde il y a confusion entre collaboration (participation à l’élaboration d’une œuvre commune) et partage à ce niveau.

Je n’ai toujours pas l’impression que l’homme soit prêt à basculer dans le monde collaboratif dis en passant ! L’Homme est beaucoup trop personnel et égoïste pour cela ! Une œuvre commune, c’est bien, c’est beau.. je n’ai rien contre, loin de là puisque je l’ai déjà pratiqué. Cependant, au final, en général, on vient à se poser la question : qui tire les profits ? Le collaborateur ou celui qui détient les rennes ? Quelques expériences, ces dernières années, me font aussi me poser, de nouveau, ce type de questionnement de plus en plus souvent ! La même remarque pouvait s’appliquer en effet sur certains mouvements associatifs dans les années 70-80 !

Cela se complique encore quand j’écris qu’un chef est nécessaire pour qu’une collaboration fonctionne… Si le responsable n’est pas honnête intellectuellement, les lauriers lui reviennent… et rares, sont les personnes à la tête d’un projet qui font rejaillir les récompenses à leurs équipes !

C’est souvent l’un des arguments de ces lieux de rencontre et de travail ! Et en corollaire, je me pose souvent des questions sur la prise de responsabilités dans ce type de structures. Nos choix doivent être passés à la moulinette des idées des autres autour de nous (dans le mauvais sens du terme évidemment) !

Par exemple, la créativité. La créativité est-elle améliorée ou diminué par l’effet de la masse (les personnes qui nous entourent au quotidien lorsqu’ils sont « nombreux ») ? Je sais que pour moi (mais peut-être est-ce un fonctionnement personnel) les choses les plus créatives que j’ai pu « sortir » ont une émergence personnelle ou avec une autre personne… une équipe très réduite ! Une seule fois, quelque chose est sorti d’une « réunion » qui ressemblait plus à un brainstorming (donc, là, pour moi, c’est différent) composé d’une petite dizaine de personnes (et pour tout avouer, la soirée avait été passablement arrosée 😉

Mais au final, Steve Job, aurait pu créer son Apple s’ils avaient été plus de 2 ? Je ne le pense pas… où alors, si, à la condition qu’il réunisse autour de lui une équipe « sous ses ordres ». Là, je ne pense plus que l’on parle de collaboratif, mais de management d’équipe ! Remarquez, c’est ce qu’il a fait pour développer Apple 😉

Mise à jour le 16 avril 2014 : Je viens de retrouver ce cours sur le travail en équipe pour les étudiants ! Des pistes à suivre 😉

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