175 millions d'utilisateurs, et moi, et moi, et moi !

Au cours de la semaine, je croise un enseignant qui me dit : «Attend, j’ai quelque chose à te montrer» et il me remet quelques pages imprimées… Elle ajoute : « C’est un petit travail modeste d’écriture journalistique que je leur avais demandé de faire dans la cadre de mon TD. Une enquete facebook des étudiants HSI (Humanités -Sciences de l’information».

Une fois rentré le soir à la maison… je lis le document. Je cherchais depuis longtemps un texte de ce type… qui explique pourquoi les jeunes sont sur Facebook 🙂 Cela n’a rien de «scientifique», mais c’est écrit avec leurs tripes, aussi bien au niveau des envies, du pourquoi que des craintes… En plus, je lis cela quelques jours avant Obama 2.0

Je demande aux deux étudiants : Stéphanie Jurain et Michaël Latour l’autorisation de publier leur texte…

__Finis les coups de fil, finies les invitations, finies les cartes postales, finies les sorties… Facebook s’occupe de tout ! À l’école, à la maison, au travail, au cybercafé… Plus une journée sans aller consulter son profil… Entrons ensemble dans le réseau social virtuel le plus vaste de la planète !
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Ils étaient quatre. Quatre étudiants de l’université d’Harvard réunis régulièrement dans leur salon avec leurs ordinateurs portables pour modérer les messages laissés sur le réseau par leurs camarades étudiants.

Sans le savoir, Mark Zuckerberg venait de créer le réseau social le plus vaste et le plus répandu dans le monde aujourd’hui. À l’époque, rien de très novateur. Un site Internet comme beaucoup d’autres permettant aux étudiants de discuter et d’échanger leurs cours. C’est en février 2004 que le site thefacebook.com est lancé. Le succès est immédiat car deux étudiants sur trois s’y inscrivent en moins de deux semaines.

Durant l’été de la même année, une trentaine d’universités américaines utilisaient déjà le réseau. Un an plus tard, thefacebook.com devient facebook.com et son expansion devient massive. Facebook est aujourd’hui le cinquième site le plus consulté au niveau mondial, l’entreprise du même nom est devenue une véritable multinationale générant plus de 15 milliards de dollars de bénéfices.

Microsoft a même acheté des parts dans la société en devenant son principal fournisseur de publicité. L’expansion a donc été rapide et maîtrisée, le siège social de l’entreprise s’est implanté face à celui de Google et plus de 700 personnes viennent y travailler tous les jours !

Quelle est l’utilité de Facebook aujourd’hui ?

Laura, étudiante à l’école Sup de Pub de Paris, déclare utiliser Facebook comme un outil professionnel. «En deux ans, je me suis construit un véritable cercle de contact dans le milieu de la publicité. Les relations étant indispensables dans ce domaine, le site m’a permis de rencontrer des gens issus des différents métiers tels que des concepteurs rédacteurs et des directeurs artistiques.» D’ailleurs, l’étudiante ne s’en cache pas en avouant que «Facebook m’a permis de décrocher un stage de fin d’études très rapidement, c’est à peine si j’étais obligée de rédiger des lettres de motivation. Je me suis permis de contacter les sociétés qui m’intéressaient directement via l’interface du site et c’est comme ça que j’ai réussi à décrocher mon entretien.»

L’utilisation professionnelle du Réseau social est de plus en plus large. De grandes firmes telles que Virgin Mégastore ou Google exploitent le réseau Facebook qui leur fournit une publicité à la fois gratuite et non négligeable. Des conseillers publicitaires sont employés pour gérer les flux de publicité générés par les utilisateurs de Facebook, notamment sur les pages «Devenir fan.»

Prenons pour exemple supplémentaire la campagne américaine de Barack Obama. Le site silicon.fr explique que le candidat démocrate, outre les traditionnelles affiches et les nombreux spots télévisés, aurait convaincu grâce à Facebook plus d’un million d’américains encore indécis tout en récoltant plus de deux millions de dollars.

Olivier Robillart, journaliste sur le site ARTE Radio, explique que «cette approche permet de sensibiliser des supporters voire des personnes d’ordinaire peu sensibles à la chose politique.»

Le président élu semble même être allé encore plus loin. Le journaliste ajoute : «Le centre de la campagne sur le Net reste le site Internet My.BarackObama.com qui permet de créer ou d’informer d’évènements locaux récents ou de lever des fonds.»

Certains politologues l’affirment : la campagne pour les élections présidentielles de 2012 en France se jouera en grande partie sur les réseaux sociaux virtuels et Facebook jouera un rôle considérable dans les sondages.

Au prix de nombreuses critiques ? La liberté de parole des partis politiques est totale sur ces sites et le temps de parole ne peut pas être comptabilisé par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Un problème dénoncé par les petits partis, exploité par les grandes formations. «Facebook est un outil de socialisation, de mobilisation et d’information. Il n’y a pas mieux pour un homme politique !» s’exclame Vincent Ducrey, l’un des conseillers politiques de Nicolas Sarkozy. Le ministre du budget, Éric Woerth, se sert de Facebook comme un outil pédagogique destiné à expliquer les mécanismes mis en place par le gouvernement pour relancer l’économie.

Des témoignages

La plupart des 175 millions d’utilisateurs de Facebook sont des inconnus qui désirent communiquer avec leurs proches par un moyen ludique et novateur.

La publicité du site est simple : le bouche à oreille. Lisa, étudiante en Histoire de l’Art à Lille 3 évoque son inscription sur le site : «tous mes amis étaient inscrits à Facebook. Ils me demandaient toujours si j’avais un profil. J’en ai donc créé un et je dois avouer que je passe sur ma page de plus en plus souvent.»

Lisa n’est pas la seule. On estime que 8 millions de Français utilisent Facebook aujourd’hui. Plus incroyable encore, lorsque le site n’existait pas encore en français, près d’un million d’internautes parlant la langue de Molière étaient déjà inscrits sur la version américaine du site.

Chaque mois, près de 300 000 internautes partout dans le monde créent leur profil (source : comscore).

Facebook, ce sont aussi 15 000 applications permettant aux utilisateurs de débattre, de jouer, de répondre à des tests en tous genres, de créer diverses communautés sur des sujets plus ou moins sérieux, de devenir fan de toutes sortes d’activités, d’inscrire l’anniversaire de quelqu’un sur un calendrier virtuel ou encore de devenir fan de telle ou telle activité.

Facebook est donc un outil de communication à part entière incluant même un logiciel de messagerie instantanée. Les possibilités sont larges mais la plupart des internautes privilégient certaines actions.

Marie, étudiante en Humanités et Sciences de l’Information à Lille 3, s’explique : «j’utilise Facebook essentiellement pour communiquer. Je néglige souvent les applications de jeux et je ne donne pas suite aux diverses invitations que l’on m’envoie. Par contre, j’apprécie particulièrement de répondre aux différents tests sur mes amis. Parfois, on découvre avec beaucoup de curiosité ce que les autres pensent de nous. Bien évidemment, toutes les réponses doivent rester raisonnables et humoristiques. Il n’est pas question pour moi de me servir de ces questionnaires pour régler des comptes.»

Élisabeth Debuchy, enseignante en Sciences de l’Information, nous fait part de son utilisation de Facebook : «le site permet de disposer d’un espace de discussion entre les étudiants. Toutes les conversations dépassent le cadre des cours. Les nouveaux peuvent communiquer avec ceux qui ont quitté la licence et les anciens font part de leurs expériences passées et évoquent leur situation actuelle.»

Enfin, Anaïs, étudiante en Anglais, apprécie le côté international du réseau social. Elle aime suivre à distance les faits et gestes de ses amis. «J’aime regarder leurs photos, j’aime prendre de leurs nouvelles sans forcément leur demander directement, j’ai besoin de savoir que tout le monde va bien.»

Facebook est parti d’un concept novateur et doit son succès à l’immensité des possibilités. Tout le monde s’en sert, et cet élargissement exponentiel semble ne jamais pouvoir s’arrêter.

Pourtant, le site connaît de nombreux détracteurs, qui critiquent le côté qui consiste à rendre publique une partie de sa vie privée.

Les dangers de Facebook

En s’inscrivant sur Facebook, chaque utilisateur consent de manière plus ou moins claire à ce que toutes les données publiées par le site seront conservées et utilisées à des fins commerciales.

Carington, étudiant en informatique en a subi les conséquences : «je suis un inconditionnel joueur de World of Warcraft, et je constate avec surprise que ma page Facebook est remplie de pubs sur mon jeu favori !» Comment expliquer cela ?

Facebook n’hésite pas à passer des accords avec les sociétés pour leur fournir, moyennant finances, des listings d’adresses mail. De nombreux traceurs sont mis en place et suivent tous nos faits et gestes sur le web. Ainsi, il suffit d’écrire le mot voiture dans un courrier électronique pour voir des pubs pour une marque de voiture fleurir sur tous les sites ou l’on passe.

Inquiétant ? Certes mais de telles pratiques ont toujours existé sur la toile.

Une étudiante en troisième année d’histoire que nous avons rencontrée dresse un véritable pamphlet contre Facebook. «Certains membres de ma famille utilisent Facebook. La plupart de mes amis également. Mais je ne m’y inscrirai jamais. Le site ne me fait pas peur, mais il est hors de question que je dévoile ma vie privée à tout le monde. Le succès de Facebook est indéniable, mais je ne tomberai pas dans ce phénomène de mode. Je n’ose même pas publier mon nom et ma date de naissance.

D’ailleurs je constate que certains de mes amis utilisent un pseudonyme. Ce site serait pour moi une atteinte à ma vie privée mais aussi et surtout une perte de temps.»

D’autres vont même encore plus loin en constatant que ce genre de réseaux sociaux virtuels ont tendance à déshumaniser les contacts. Il y a également de nombreuses possibilités d’usurpation d’identité car n’importe qui peut créer un compte à n’importe quel nom.

En mai 2008, un rapport de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) égratigne les sites tels que MySpace, Facebook et consorts. Il y aurait des risques non négligeables pour la liberté.

Alex Türk, président de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), évoque dans un entretien avec LCI : «le danger de ce système est surtout qu’il produit un traçage dans le temps, et ce que j’ai dit à 20 ans sur Internet pourra m’être reproché quand j’en aurai 50.». Il ajoute : «une partie des internautes n’est pas au courant que les données personnelles sont conservées sur Internet.» Et préconise enfin : «Ce serait un symbole extraordinairement important d’ériger la protection des données personnelles en norme suprême. Treize des 27 pays de l’UE l’ont déjà fait.»

Faut-il s’inquiéter de cette situation ? Il est vrai que Facebook n’insiste pas, au moment de l’inscription, sur ce genre de pratiques. Et comme la plupart des internautes ne lisent pas les conditions générales d’utilisation, le tour est joué ! Il est vrai qu’à l’heure actuelle, on n’ouvre plus une revue, un programme télé ou un magazine sans que Facebook y soit évoqué.

Par ailleurs, de nombreux sites avaient devancé celui de Mark Zuckerman. De ce fait, ce réseau social ne mérite pas forcément la place que les médias lui attribuent. Tout va parfois très loin.

Prenons l’exemple d’un procès qui a eu lieu en Belgique. Le procureur a retrouvé des photos de l’accusé sur Facebook. Le compte rendu d’audience est disponible sur lalibre.be : «Deux semaines après avoir été assigné en justice pour avoir blessé une jeune femme en conduisant sous l’emprise de l’alcool, Joshua Lipton s’est rendu à une soirée d’Halloween déguisé en prisonnier. Des photos de l’étudiant, hilare dans sa combinaison orange de détenu, ont été mises en ligne sur le site Internet de réseau social Facebook. Avant d’être récupérées par le procureur de son procès… Jay Sullivan a alors convaincu le juge que Joshua n’était qu’un fêtard sans remords qui s’amusait alors même que sa victime était encore à l’hôpital. Le jeune homme a écopé de deux ans de prison.»

Facebook est donc un formidable outil de socialisation permettant de communiquer de manière ludique et novatrice. Partout dans le monde, Facebook est devenu la référence en matière de site social. Mais à quel prix ? Les dangers du réseau sont de plus en plus pointés du doigt.

Faut-il craindre cette expansion ? Les internautes ne sont pas uniquement suivis sur Facebook, mais partout : sur les sites de vente, dans le contenu de leur messagerie électronique. Où est alors le véritable problème ? Le fait de se connecter à Internet résulte sans doute, dans le monde virtuel actuel, d’une mise a disposition de nos informations personnelles, ne serait-ce que par l’adresse IP de notre connexion.

A la question Facebook est-il un danger ? Il suffirait simplement de nuancer un simple non, avec toutes les précautions, pas de crainte à avoir…

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